La parole à... Sylvie de Laguiche, responsable recherche et méthode chez Amundi

Assurance : comment gérer le risque de change sous Solvabilité 2

le 28/02/2013 L'AGEFI Hebdo

La réglementation Solvabilité 2 définit le capital requis des assureurs en le reliant aux risques qu’ils assument. Le SCR (Solvency Capital Requirement) doit permettre à l’assureur d’absorber un événement extrême à horizon un an avec un seuil de confiance de 99,5 %.

Pour les assureurs-vie, l’un des principaux risques est lié aux fluctuations de marché ; le risque lié au change entre dans le calcul du SCR marché. Dans la formule standard, le SCR de chaque devise est égal à l’impact d’un stress de 25 % à la hausse ou à la baisse de la devise sur la valeur actif-passif. Dans les cas simples, cela revient à calculer les positions devises nettes entre l’actif et le passif sur chaque devise étrangère et à appliquer un chargement de 25 % de la position (en valeur absolue). Le SCR devise total est obtenu en sommant les SCR sur toutes les devises quel que soit le sens des expositions.

Le traitement du change est-il sévère ?

Pour les positions simples en devises contre euro, le chiffre de SCR retenu est assez cohérent avec une Value-at-Risk (VaR) 99,5 % issue de la volatilité historique. Il est un peu sévère pour le franc suisse et la livre sterling, un peu indulgent pour le dollar (USD). En revanche, par exemple pour un investisseur basé euro, une position longue USD versus CAD (dollar canadien) est deux fois plus pénalisée que ce qui serait cohérent avec la VaR 99,5 %. Alors que la corrélation est positive entre l’USD et le CAD versus euro, le mode d’agrégation des SCR sur les deux devises revient dans ce cas à faire comme si la corrélation était égale à -1. En fait, dès lors que les corrélations sont en jeu, la réglementation est obligée de prendre une vue simpliste et prudente. Ainsi, des positions impliquant plusieurs devises peuvent être beaucoup plus fortement pénalisées que leur risque observé sur les marchés.

L’impact d’une position change sur le bilan peut être toutefois très inférieur à son coût en capital pris isolément. En effet, si le SCR change est toujours inférieur à la somme des SCR change des différentes poches, l’écart peut être très fort si des expositions sur une même devise se compensent entre plusieurs zones du bilan (plusieurs filiales étrangères ou plusieurs portefeuilles d’actifs non couverts). En outre, le SCR change s’agrège au SCR global en utilisant des corrélations inférieures à 1 fixées par le régulateur. L’impact du SCR change est alors largement dilué par rapport au SCR change lui-même (jusqu’à une division par 3), et ce d’autant plus que la position change est petite.

Quelle politique de couverture de change adopter ?

En l’absence de rémunération anticipée sur le risque de change, le premier réflexe est de le couvrir systématiquement en considérant qu’il génère un coût en capital sans bénéfice. Cela peut cependant s’avérer coûteux d’un point de vue opérationnel, voire en risque de contrepartie. Nous suggérons donc de « macro-couvrir » seulement les principales expositions en maintenant la partie résiduelle exposée à des devises étrangères inférieure à 1 % du bilan. L’effet du SCR change sur le SCR global sera alors très dilué.

Un assureur multidevise peut avoir des filiales dans plusieurs pays européens et des engagements au passif dans plusieurs devises différentes au sein de chaque filiale et de la société holding mère. Le groupe a alors un enjeu de maîtrise du SCR au niveau de chaque filiale mais également en consolidé au niveau de la holding. Nous suggérons de laisser les petites positions en devises sans couverture dans les filiales et de mettre en place des couvertures de change entre les filiales et la mère sur les principales devises. La mère peut ainsi tirer partie d’éventuelles compensations d’expositions entre les filiales. Au niveau de la mère, nous recommandons la mise en place d’une poche de gestion centralisée des changes incluant les couvertures accordées par la mère aux filiales. Cette poche devra optimiser le rendement sous contrainte de SCR change total de 0,25 % maximum du bilan consolidé, soit un équivalent de 1 % maximum exposé en devises étrangères. Ainsi, tant dans les filiales qu’au niveau global, le SCR change aura un impact fortement dilué et faible sur le SCR global.

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