Apaisé, Generali se cale sur le pas de ses concurrents

le 05/05/2011 L'AGEFI Hebdo

L’assureur mise sur l’amélioration de sa rentabilité et les pays émergents pour accélérer son développement.

L’assemblée générale de Generali le 30 avril a tiré un trait sur sa crise de gouvernance. Après des mois de remous internes, marqués par la démission forcée début avril du très controversé Cesare Geronzi, le nouveau président Gabriel Galateri di Genola s’est présenté comme l’homme de la réconciliation. « Mon objectif est de contribuer à l’harmonie entre les administrateurs et la direction, qui a vécu des moments de tensions excessives », s’est-il engagé, réitérant au passage son soutien aux deux administrateurs délégués, Giovanni Perissinotto et Sergio Balbinot, en poste depuis 2002.

Le plus difficile est à venir pour le nouveau trio. Or les attentes sont fortes, actionnaires et administrateurs exigeant davantage de croissance et de rentabilité. Certains, à l’instar de Federico Ghizzoni, directeur général d’UniCredit, actionnaire de Mediobanca -la banque d’affaires étant le premier actionnaire de Generali - estiment que tous les éléments sont réunis pour que « la direction se concentre sur ses activités et cherche à rejoindre, voire dépasser les résultats des grands concurrents européens Allianz et Axa ».

La route est encore longue tant Generali accuse un sérieux retard sur ses rivaux européens. Comme le soulignent les analystes de Mediobanca Securities, à volumes d’affaires équivalents, soit 65 milliards d’euros, Allianz est parvenu à dégager 5 milliards d’euros de profits en 2010 tandis que Generali n’a réalisé que 1,7 milliard de bénéfice net. Or la direction de Generali n’a pas fait de révélation fracassante sur sa stratégie, refusant de divulguer le moindre objectif chiffré à court ou moyen terme. « Leurs objectifs opérationnels sont très clairs et s’inscrivent aujourd’hui dans la lignée des autres compagnies européennes », constate Nicolas Jacob, analyste chez Oddo & Cie.

Dans un contexte de forte volatilité des marchés financiers et de multiplication des événements naturels, Generali entend aujourd’hui, à l’instar d’Axa et d’Allianz, concentrer ses efforts au redressement de ses marges et à l’amélioration de sa productivité. Ainsi, en assurance-vie, « l’attention sera portée au maintien de notre rentabilité en encourageant les clients à souscrire des produits moins demandeurs en capital », a indiqué Giovanni Perissinotto, directeur général du groupe, qui souhaite également se développer davantage sur les marchés de la prévoyance, de la santé et de la retraite. Une politique que la compagnie veut mener aussi bien dans les pays développés que dans les marchés émergents. De fait, en Chine, « nous avons réussi à construire une structure qui fonctionne bien, a souligné Sergio Balbinot. Mais en 2011, nous allons insister sur l’aspect qualitatif de nos activités car nous visons 20 % de marges en assurance-vie, ce qui est le double de ce que nous réalisons dans les autres marchés. »

Réduction des coûts

De même, en assurances dommages, la compagnie compte poursuivre sa stricte discipline de souscription et jouer la carte des hausses tarifaires pour préserver son résultat technique. Generali désire également améliorer sensiblement sa gestion des sinistres pour la rendre plus efficace, les frais en la matière s’élevant à 2 milliards d’euros. « Nous allons jouer sur les synergies avec les pays où le taux de sinistralité est bon », a annoncé Giovanni Perissinotto, évoquant un programme visant à regrouper les meilleurs collaborateurs. « Il n’y a pas beaucoup de critiques à faire sur le plan opérationnel », juge d’ailleurs Nicolas Jacob.

Pour renforcer sa compétitivité et sa productivité, l’assureur souhaite surtout poursuivre sa politique drastique de réductions de coûts. De fait, depuis 2005, il a déjà réduit ses frais de gestion de 620 millions d’euros sur ses trois principaux marchés (Italie, Allemagne et France). « En 2009, Generali avait réalisé 904 millions d’euros d’économies, contre 835 millions d’euros annoncés initialement », rappelle même Paola Del Curatolo, analyste crédit chez Standard & Poor’s. Une démarche appelée à s’intensifier en 2011. « Nous avons réduit nos frais généraux de 40 millions d’euros en Italie en 2010 et on doit s’efforcer de faire d’autres économies assez rapidement, a précisé Giovanni Perissinotto. Nous préparons un plan de réductions de coûts informatiques, qui représentent aujourd’hui 1,5 milliard d’euros de frais », sans dévoiler d’objectifs précis.

Generali fait preuve de davantage d’appétit dans les pays émergents où l’expansion est clairement à l’ordre du jour. Si la compagnie s’est bien gardée de dévoiler des objectifs chiffrés, elle entend cibler en priorité l’Europe centrale et orientale et l’Asie. A l’Est de l’Europe, elle compte sur sa coentreprise avec la société financière tchèque PPF pour s’ouvrir à de nouveaux marchés. La Russie est ainsi clairement dans sa ligne de mire, un pays maintes fois évoqué par l’assureur dans le passé sans qu’il soit pourtant parvenu à y faire son entrée. Quant à l’Asie, après l’Inde, la Chine et l’Indonésie, Generali mise sur le Vietnam où la compagnie a obtenu le feu vert pour lancer ses activités d’assurance-vie.

L’enjeu de la diversification géographique est loin d’être anodin. « Generali est un peu plus concentré dans les pays développés que ses concurrents », souligne Paola Del Curatolo. De fait, l’assureur réalise toujours 73 % de son chiffre d’affaires et les deux tiers de son résultat opérationnel dans trois pays, à savoir l’Italie, l’Allemagne et la France. « Mais la compagnie a commencé à prendre de belles positions en Europe centrale et de l’Est et en Asie, notamment en Chine et en Inde », poursuit Paola Del Curatolo. De fait, la part des marchés émergents, y compris l’Amérique latine, ne cesse de s’accroître année après année. A fin 2010, ils représentent 9,1 % de son chiffre d’affaires, contre 5,9 % en 2005, et 11,8 % de son résultat opérationnel, contre 3,6 % en 2005. Les situations sont toutefois disparates d’une région à l’autre. Si Generali réalise près de 6 % de ses revenus en Europe centrale et orientale, son activité en Asie reste encore très modeste, représentant moins de 2 % de son chiffre d’affaires, là où Axa y a réalisé 7,8 % de l’ensemble de ses revenus en 2010. « Ce sont des positions à long terme dont il ne faut pas attendre des miracles, nuance Nicolas Jacob. Les développements y sont longs et les résultats ne sont pas toujours à la hauteur, notamment en assurance-vie où il faut des années pour constituer un portefeuille rentable. »

Sans démesure

Désormais, pour accélérer son développement dans les marchés émergents, l’assureur n’exclut pas de réaliser « des acquisitions ciblées de niche pour compléter nos propres entités », a reconnu Giovanni Perissinotto. De fait, la structure financière du groupe italien ne lui permet pas de nourrir des ambitions de croissance externe démesurées. « Sans lever de capital, Generali n’a pas les moyens de faire une opération importante de plusieurs milliards d’euros, estime Nicolas Jacob. En revanche, pour des opérations allant jusqu’au milliard, c’est dans leurs cordes sans déséquilibrer leur structure financière ». Les chiffres sont sans appel. Fin 2010, ses fonds propres ressortent à 17,5 milliards d’euros, tandis que ceux d’Allianz et d’Axa s’élèvent respectivement à 44,5 milliards d’euros et 49,7 milliards. Le constat est similaire à la lecture du ratio de solvabilité. Celui de Generali est à 140 %, contre 173 % chez Allianz et 182 % chez Axa. Or le groupe a de nouveau exclu de faire appel au marché. « Nous pouvons financer notre croissance sans augmentation de capital », a déclaré Giovanni Perissinotto, estimant même que la compagnie est en mesure « de dégager 4 milliards d’euros de ‘cash-flow’ d’ici à 2013 pour se financer ». Des promesses qu’il va falloir désormais concrétiser pour réduire l’écart avec ses grands rivaux européens.

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