Aon Benfield affine son conseil grâce à l’analyse géographique

le 10/11/2011 L'AGEFI Hebdo

Equipé de la plate-forme Esri, le courtier en réassurance offre un service poussé d’analyse des risques des portefeuilles d’assurance afin d’ajuster les couvertures.

Ce sont les tempêtes de 1999 qui ont conduit les assureurs et réassureurs à mieux prendre en compte la dimension géographique de leur exposition aux risques naturels, dans un premier temps. « L’information géographique est désormais utilisée par tous les métiers de l’assurance, courtiers, réassureurs, assisteurs…, explique Jean-Luc Gautier, responsable du secteur assurance chez Esri, éditeur de systèmes d’information géographiques (SIG). Elle sert les objectifs commerciaux pour traiter les problématiques d’implantation de réseau ou de potentiel de marché, en France ou dans les pays émergents. Elle répond également à un enjeu technique car elle permet une meilleure connaissance des risques, ce qui peut avoir un impact sur la tarification et sur le règlement des sinistres. Peu à peu, les assureurs prennent conscience que l’information géographique peut être utilisée de façon transversale et partagée entre les différents métiers de l’entreprise. » Néanmoins, avant d’en arriver à cette exploitation transversale, les entreprises du secteur ont commencé à s’intéresser aux SIG pour traiter des problématiques précises.

Exposition aux risques

Par exemple, Aon Benfield, courtier en réassurance, a choisi d’acquérir la plate-forme ArcGIS d’Esri en 2004 pour permettre aux compagnies d’assurances clientes d’avoir une meilleure vision de leur exposition aux risques. Le déploiement de l’outil s’est poursuivi jusqu’en 2007. « Ces dernières années, les assureurs ont commencé à nous fournir leurs portefeuilles avec les données géographiques à un niveau de plus en plus précis pour que nous puissions affiner les analyses d’exposition aux risques de catastrophes naturelles et ainsi mieux estimer les besoins de couverture en réassurance », expose François Pimbert, responsable modélisation chez Aon Benfield. « Rapidement, nous avons également utilisé la plate-forme d’Esri pour évaluer l’exposition aux risques technologiques, suite à l’accident d’AZF à Toulouse en 2001, complète Anthony Derien, responsable opérationnel chez le courtier. De cartographies assez simples au départ, nous nous sommes mis à étudier plus précisément les zones autour des établissements classés Seveso (sites présentant un risque industriel majeur, plus de mille en France, NDLR) et à croiser ces données avec les portefeuilles des assureurs. Cela a permis d’identifier les cumuls potentiels de contrats d’assurance et d’estimer les dommages potentiels en cas de sinistre maximal possible. »

Concrètement, le SIG d’Esri permet à Aon Benfield de présenter les portefeuilles des assureurs sous forme de cartes et de réaliser des analyses spatiales d’exposition. Cet outil, alors assez nouveau, a permis au courtier d’élargir son offre d’estimation des cumuls de risques selon leur nature (incendie, grêle, risques technologiques, autres périls) et d’affiner ses analyses de besoin en réassurance afin de mieux conseiller ses clients assureurs. Sur le plan technique, la prise en main n’a pas présenté de difficulté majeure, mais il était tout de même nécessaire de retravailler les portefeuilles des assureurs afin de restituer les données dans des formats acceptés par Esri, un travail qui a été automatisé.

Aon Benfield a ainsi réalisé des études spécifiques à la demande de ses clients : à Nice sur le risque de tremblement de terre, dans les Alpes pour analyser les répercussions de la rupture d’un barrage, par exemple. Un autre facteur a contribué à rendre les assureurs très attentifs à ce type d’analyses, il s’agit de Solvabilité II qui exige des compagnies d’assurances qu’elles quantifient leur exposition aux risques afin de déterminer les protections nécessaires pour faire face aux sinistres maximaux possibles. « En matière d’incendie, dans le cadre de la future réforme Solvabilité II, les assureurs doivent quantifier leur exposition dans un rayon de 150 mètres, indique Anthony Derien. Ce qui nécessite un géocodage très fin des diverses polices en portefeuille pour chacun d’entre eux ainsi que leur évaluation financière. Le recours aux SIG est nécessaire non seulement pour répondre à la demande du régulateur, mais il facilite aussi la restitution via la cartographie de ces résultats qui pourront sensibiliser les acheteurs de réassurance au risque d’accumulation. En parallèle, ces résultats sont intégrés directement dans les outils d’analyse financière dynamique afin d’évaluer et d’ajuster les programmes de réassurance. »

Etudier la sinistralité

Après plus de cinq années d’exploitation de cet outil, l’équipe d’Aon Benfield a acquis une bonne maîtrise des scénarios de risques et de leur modélisation : ce sont ainsi une demi-douzaine de collaborateurs qui utilisent régulièrement la plate-forme Esri. « Les SIG prennent de plus en plus d’importance, note François Pimbert. Nous les améliorons en interne et nous utilisons également d’autres outils géographiques intégrés à des logiciels de marché. Aon Benfield se positionne sur une diversité de risques et peut ainsi réaliser des zoniers (cartes avec zones, NDLR) qui peuvent aider les entreprises à avoir une vision claire de la souscription et à affiner leur tarification. Nous intervenons également de façon ponctuelle à la demande de grandes sociétés industrielles qui ont des besoins spécifiques, et pour le compte des services internes qui gèrent les appels d’offres des clients grands comptes, car un éclairage cartographique est toujours très apprécié. » Autrement dit, toutes les entreprises, quel que soit leur secteur d’activité, peuvent trouver un intérêt à ces études géographiques mais les assureurs sont particulièrement concernés. Ces derniers travaillent à affiner leurs données, ce qui permet de pousser les investigations et d’établir des liens qui ne sont pas toujours évidents. Par exemple, une étude sur la sinistralité d’un portefeuille a montré que celle-ci progressait particulièrement dans les bassins d’emplois plus touchés par le chômage, ce qui induit une vigilance accrue en matière d’expertise et d’indemnisation. De même, l’étude des impacts de la foudre sur un territoire par rapport aux sinistres déclarés a aidé à identifier certaines fraudes, ce que l’assureur n’aurait sans doute pas établi sans cet éclairage géographique précis.

Les SIG sont ainsi de plus en plus sollicités, si bien que les éditeurs de ces systèmes cherchent à améliorer leurs produits qui sont non seulement disponibles sous forme de licences classiques mais aussi comme services web ou d’API (interface de programmation) accessibles à la demande, selon le système d’information du client. La facilité de prise en main a également été améliorée et les données sont très régulièrement mises à jour. Reste désormais à faire en sorte que leur usage devienne réellement transversal dans les entreprises.

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