Allianz France confie ses opérations bancaires au Crédit Mutuel Arkéa

le 01/09/2011 L'AGEFI Hebdo

Pour la première fois en France, une banque externalise son système cœur de métier à un prestataire filiale d’un autre groupe bancaire.

Allianz Banque a franchi un pas important en confiant la gestion, l’exploitation et la maintenance de son système d’information bancaire à un prestataire externe, Procapital Banking Services (PBS). Cette entité a justement été créée par le Crédit Mutuel Arkéa pour offrir à d’autres établissements un moyen d’externaliser leur informatique. Pour Allianz France, établissement de petite taille avec 238.000 clients et un PNB de 67 millions d’euros en 2010, le choix de PBS n’a pas été long à se dessiner. « Nous souhaitions développer l’activité bancaire et concentrer notre capacité d’investissement sur la partie commerciale, moins sur la partie réglementaire, afin d’élargir notre gamme, raconte Marc Hermann, directeur de la banque des particuliers chez Allianz France. Nous avions également besoin de souplesse pour faire face aux variations saisonnières de l’activité banque-assurance rythmée par les temps forts et par la mise en exergue de moments de vie qui correspondent à des offres croisées incluant, par exemple, du crédit et de l’assurance. Faire appel à un sous-traitant nous permet de regagner en capacité d’investissement et de la déployer sur le lancement de nouveaux produits. Le choix du Crédit Mutuel Arkéa s’est imposé car c’est un groupe solide et sérieux qui a une expérience des fusions de systèmes d’information entre caisses régionales. » Par ailleurs, Allianz avait déjà confié de longue date une part de la gestion de ses titres à Procapital Securities Services (PSS), autre entité du groupe Arkéa. Désireux de rationaliser cette activité, l’assureur avait également fait migrer sa clientèle privée chez PSS, qui gérait les ordres de la clientèle de « traders actifs ». A cette occasion, PSS avait développé un nouveau site internet correspondant aux habitudes des clients privés, à savoir moins d’ordres mais des montants plus élevés, ainsi qu’une délégation de gestion plus fréquente. Fin 2010, la migration était achevée.

Transfert de personnel

Côté banque, l’accord d’externalisation a été rapidement négocié pour une mise en œuvre dès le 1erjuin 2011, avec le transfert de 91 personnes d’Allianz vers Procapital Banking Services. Le projet doit se dérouler en deux temps. « Dans la première étape, nous exploitons l’ancien système d’information d’Allianz Banque, basé sur un progiciel bancaire, explique Emmanuelle François, directrice générale de Procapital Banking Services. Puis nous basculerons début 2012 sur notre système propriétaire qui comprend les bases de données, la banque en ligne et le système d’information permettant de gérer la clientèle de particuliers. » C’est donc tout le core banking system d’Allianz Banque qui est externalisé, ce qui inclut les comptes à vue, les moyens de paiement, les produits d’épargne, les crédits, les opérations de marché et les titres. Sans oublier les fonctions supports telles que les risques, le contrôle ou la comptabilité. Arkéa reprend tout cet ensemble sur son propre système informatique, mais aussi le middle-office, constitué d’équipes qui traitent chaque processus de souscription de produit en vérifiant la présence et la conformité des différentes pièces justificatives et en relançant les clients, en cas de besoin. Ces équipes réalisent les opérations sur comptes courants, montent les dossiers de crédits, effectuent les prises de garanties, traitent les dossiers de succession et mettent en place les produits.

Allianz France a également choisi de sous-traiter une partie du front-office en confiant à PBS la gestion du poste de travail de ses agents généraux et de ses apporteurs d’affaires, ainsi que l’outil de relation client à distance intégré à son site internet. « Nous allons mettre en œuvre une vraie banque avec des outils de souscription en ligne courant 2012, signale Emmanuelle François. Les ‘process’ de gestion seront plus simples et plus fluides. En outre, le fait d’avoir plusieurs clients nous permet de mutualiser les équipes et d’amortir les pics d’activité, ce qui garantit la qualité de service. » Un point important pour Allianz, comme le souligne Marc Hermann : « L’objet du projet est de gagner en efficacité commerciale en ayant un poste de travail plus intelligent et une gamme de produits élargie. »

Quant au back-office, il est intégralement pris en charge par PBS, ce qui inclut notamment le raccordement aux systèmes interbancaires, la gestion des émissions de cartes, la gestion des distributeurs automatiques de billets, la mise en place des paiements Sepa (Single Euro Payments Area), mais aussi la réorganisation des experts intervenant sur des questions complexes. La bascule vers les back-offices du groupe s’opérera par étapes, produit par produit, avec parfois des adaptations. « Tout ce qui peut être industrialisé le sera, précise Emmanuelle François. Notre périmètre d’intervention est défini dans le contrat qui nous lie à Allianz Banque, avec des indicateurs de qualité de service, des procédures d’alerte, etc. Néanmoins, nous devons nous adapter. Par exemple, nous avons modifié notre système d’information pour intégrer un outil de gestion des apporteurs d’affaires, outil spécifique aux assurbanquiers pour gérer les commissions. Nous avons également pris en compte des spécificités produits, des modèles de tarification ou de facturation particuliers à certains packages. »

Conserver une capacité d’innovation

Pour autant, l’intérêt d’un tel projet réside dans la capacité du prestataire à intégrer le système d’information du client avec un minimum d’adaptations afin d’éviter des coûts supplémentaires. « Les adaptations liées au poste de travail commercial et à la gestion des apporteurs sont source de différenciation sur notre marché, souligne Marc Hermann. Il est donc important de conserver ces spécificités. Pour le reste, le Crédit Mutuel Arkéa a une maturité qui peut servir notre gamme de produit. Nous avons mis en place une méthodologie qui doit permettre d’arbitrer les adaptations fonction par fonction, avec l’objectif de rester au plus près du système existant, car c’est ce qui permet de réelles économies d’échelle. »

La prestation bancaire pour compte de tiers, y compris pour le cœur de métier, prend donc une nouvelle tournure avec le positionnement du Crédit Mutuel Arkéa sur ce marché, grâce à la reprise en 2006 de Procapital Securities Services (PSS), puis à l’acquisition de Monext en 2009 et, enfin, à la création de Procapital Banking Services (PBS) en 2010. Outre l’aspect économique, qui peut séduire les petits établissements désireux de se délester d’une partie de la gestion de l’informatique, le groupe mutualiste mise sur sa capacité d’innovation démontrée tant sur la banque en ligne que sur l’accompagnement de nouveaux acteurs, comme les établissements de paiement dont plusieurs sont déjà clients.

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