Dossier Microfinance

Des agences de notation contribuent à définir des standards

le 25/08/2011 L'AGEFI Hebdo

Elles sont quatre dans le monde, ont développé leurs propres méthodes d’évaluation mais recherchent la convergence.

La question de la performance financière et sociale est au cœur des débats qui agitent la microfinance. Pour l’évaluer le plus objectivement possible, quatre agences de notation spécialisées ont été créées : M-Cril en Inde en 1998, Planet Rating en France en 1999, Microfinanza en Italie en 2000, MicroRate aux Etats-Unis en 2007. Elles examinent les aspects financiers et sociaux du fonctionnement des IMF (institutions de microfinance) et donnent des notes de performance par rapport aux objectifs affichés, ces notes servant notamment d’indicateurs aux investisseurs qui souhaitent investir dans le secteur. Chaque agence a développé sa propre méthode et ses propres outils de scoring qui touchent globalement aux mêmes thèmes : la proportion de clients pauvres, la gouvernance, les mesures de protection du client, la gestion des risques, la politique de financement… Par exemple, Planet Rating a créé sa méthode baptisée GIRAFE pour Gouvernance, Information, Risques, Activités, Financement, Efficacité. Ces six domaines sont subdivisés en dix-sept critères comme la prise de décision, l’organisation, le management d’équipes et la gestion des ressources humaines, lesquels sont tous évalués pour donner une vision globale de la gouvernance. « Les différences entre les grilles d’évaluation des agences de 'rating' sont liées à nos convictions et à notre interprétation des différents critères, explique Emmanuelle Javoy, directrice générale de Planet Rating. Toutefois, nos méthodes évoluent naturellement pour mieux prendre en compte la réalité des pratiques. Plusieurs initiatives contribuent d’ailleurs à cette évolution de la performance sociale vers l’établissement de standards qui peuvent définir une échelle de valeur pour chaque élément. » La microfinance évolue beaucoup de façon informelle grâce à des mouvements suscités par des acteurs qui se regroupent quand apparaît un besoin d’harmonisation.

Bâtir des normes souples

Par exemple, la protection des clients est le but de la Smart Campaign, un mouvement lancé par Accion International (IMF latino-américaine) en 2007 pour définir des standards en la matière : les acteurs de la microfinance, dont les agences de rating, ont beaucoup travaillé sur le sujet, ce qui en fait un domaine parmi les plus aboutis. Six principes ont ainsi été affirmés : la lutte contre le surendettement, un tarif transparent et responsable, des pratiques de recouvrement appropriées, un comportement éthique des équipes, une véritable gestion des réclamations et la confidentialité des données clients. Autre exemple, la Social Performance Task Force, groupe de travail qui se réunit régulièrement depuis cinq ans, avance sur la définition d’une finance responsable à partir de critères minimaux touchant à la performance financière, à la responsabilité sociale des équipes, à l’adéquation des produits aux besoins des clients…

Ces travaux sont aussi l’occasion de confrontations entre conceptions opposées : certains considèrent que la rentabilité de la microfinance doit avoir des limites, alors que d’autres les refusent. C’est pour cette raison qu’il n’y a pas de standards chiffrés concernant les taux d’intérêt, les taux de marge et autres indicateurs financiers. En revanche, la nécessité de faire toute la transparence sur la performance financière des IMF et sur l’utilisation qui est faite des marges (dividendes, rémunération des dirigeants) semble être acceptée. « La plupart des IMF n’ont pas d’obligation en la matière puisqu’elles ne sont pas cotées, indique Emmanuelle Javoy. Il s’agit donc de promouvoir cette transparence comme moyen de prouver qu’elles remplissent effectivement leur mission sociale. » Une forme d’autorégulation pour éviter une réglementation qui serait trop rigide par rapport à la diversité des pratiques selon les pays et les situations. Ainsi, les petits crédits restent les plus chers avec des taux d’intérêt qui dépassent parfois les 70 % mais couvrent tout juste les coûts. Introduire une norme ou des plafonds de taux pourrait empêcher certaines IMF de poursuivre leur activité. En dépit de cette complexité, les travaux avancent et un label ou « seal of excellence », fondé sur un engagement pour l’inclusion financière des pauvres et pour la lutte contre la pauvreté, devrait être présenté au sommet du microcrédit de Valladolid (Espagne) en novembre 2011. Il permettrait de faire le tri entre les IMF responsables et les autres. 

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