Les acteurs du crédit à la consommation font peau neuve

le 24/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Face à la crise économique et au coût de la liquidité, les acteurs repensent leur modèle et réduisent la voilure en Europe.

Le siège de Cetelem, la marque de crédit à la consommation de BNPP PF, à Saint-Ouen. Denis Allard/REA

Le secteur du crédit à la consommation poursuit sa descente aux enfers. Après s’être contractés de 3,4 % en 2011, les encours au sein de l’Union européenne ont encore diminué de 1,9 % en 2012, à 1.056 milliards d’euros, selon l’étude annuelle de Crédit Agricole Consumer Finance (CACF). « Sur les quatre dernières années, le marché du crédit à la consommation en Europe accuse un repli de 8,8 %, soit une baisse de plus de 100 milliards d’euros des encours entre fin 2008 et fin 2012 », observe le CACF. Quant à la production de nouveaux crédits, elle s’est de nouveau effondrée en 2012, ressortant à 312,1 milliards d’euros, soit une chute de 7,2 % sur un an, d’après les données de la fédération européenne Eurofinas portant sur 16 pays européens. « Nous sommes dans un environnement économique difficile et nous devons faire face à des contraintes réglementaires accrues, regrette Gianluca Soma, directeur général délégué du pôle Banque et services financiers internationaux chez Société Générale. Cette situation risque de perdurer en 2014. »

Le marché français n’échappe pas à un tel marasme. Au cours des six premiers mois de l’année 2013, la production des établissements spécialisés a ainsi fléchi de 2 %, à 17,3 milliards d’euros, soit un quatrième semestre consécutif de baisse, selon les chiffres de l’Association française des sociétés financières (ASF). A fin août, la production cumulée des douze derniers mois accuse même une chute de 22 % par rapport à son pic historique de 2008, passant de 45 à 35 milliards. « Chaque année, il manque 10 milliards d’euros pour financer les ménages », a déploré fin septembre Philippe Dumont, président de l’ASF et directeur général de CACF.

Fermer des agences

Outre la baisse de l’activité, les acteurs subissent de plein fouet une pression réglementaire de plus en plus forte. Les acteurs français en ont fait l’amère expérience. La loi Lagarde de juillet 2010, réformant le crédit renouvelable, a ainsi engendré une perte de revenus de 1,5 milliard d’euros pour le secteur et la fermeture de 4 millions de comptes de crédit renouvelable. Elle aurait fait perdre 50 % de ses revenus à Cofinoga, filiale à 50 % de BNP Paribas qui devrait reprendre la part de Galeries Lafayette début 2014, selon nos sources.

Dans ce contexte, 2.000 emplois ont été détruits au sein des établissements spécialisés, selon l’ASF. Las, les restructurations sont loin d’être achevées. Selon une source syndicale, BNPP PF prévoit de fermer début 2014 quinze agences de crédit immobilier aux particuliers en France, soit une suppression de 137 postes sur 800. L’établissement n’en est pas à son coup d’essai. « Nous avons arrêté le crédit immobilier spécialisé d’UCB dans un bon nombre de pays en Europe, explique Thierry Laborde, PDG de BNP Paribas Personal Finance (BNPP PF). Dans certains pays en dehors de la zone euro, nous avons par ailleurs intégré le crédit à la consommation au réseau de banque de détail dans le cadre de notre modèle ‘PF Inside’. » De fait, réduction de coûts et sélectivité des implantations sont les deux mots d’ordre pour le secteur, à l’heure où certains acteurs comme Citigroup sont quasiment sortis du marché européen. Après avoir cédé sa participation minoritaire au capital de Finalia en Belgique, une coentreprise avec Fortis, CACF est ainsi sorti début 2013 de Hongrie, et plus récemment de République Tchèque et de Slovaquie. Objectif : se concentrer sur les pays où les synergies sont les plus fortes avec les activités de banque de détail du groupe Crédit Agricole. Une démarche similaire est à l’œuvre chez Société Générale Consumer Finance qui, après s’être délesté de certaines filiales en 2011 et 2012 (Kazakhstan, Slovaquie, Bulgarie, Ukraine), a poursuivi son recentrage à l’international depuis début 2013. « Nous avons cédé nos filiales au Portugal et en Hongrie, qui opéraient sur des marchés de taille modeste, indique Gianluca Soma. Par ailleurs, nous sommes sortis d’Inde où nous avions une présence très localisée à Calcutta et spécialisée dans les deux-roues. Désormais, nous nous focalisons sur les pays dans lesquels la présence bancaire nous offre un potentiel de synergies et de développement, et où nos entités ont la taille critique suffisante. »

Au-delà des enjeux commerciaux et opérationnels, ces plans d’adaptation doivent permettre aux acteurs de répondre à la problématique de liquidité. De fait, la démarche « PF Inside » de BNPP PF « nous a permis de répondre à cette problématique car en intégrant notre activité aux réseaux de banque de détail, nous bénéficions de leurs financements », souligne Thierry Laborde. Une impérieuse nécessité à l’heure où la réglementation Bâle 3 a durci les conditions de refinancement des spécialistes du crédit. « Cette réglementation constitue une vraie contrainte sur la liquidité des banques, ce qui a induit une augmentation de son coût pour les acteurs spécialisés du crédit à la consommation, constate Thomas Tugendhat, associé au sein du cabinet Stanwell Consulting. Or cette augmentation pèse sur la rentabilité de leurs produits. » Selon McKinsey, le rendement des fonds propres (RoE) des établissements spécialisés pourrait d’ailleurs diminuer en moyenne de 4 % en Europe (lire l’entretien page 22). « Les acteurs ont donc besoin de rééquilibrer leur méthode de refinancement, avance Thomas Tugendhat. Ils ont ainsi mis en place des dispositifs alternatifs pour rechercher de la liquidité à des prix intéressants. » Emissions obligataires, titrisation de portefeuille de prêts, voire collecte d’épargne et de dépôts : les acteurs chassent la liquidité tous azimuts. CACF, qui a atteint fin 2012 son objectif de réduction de ses besoins de refinancement auprès du groupe de 8  milliards d’euros, a ainsi diversifié ses sources de refinancement à hauteur de 7 milliards depuis juin 2011 grâce aux titrisations et à la collecte de dépôts en Allemagne (1,3 milliard d’euros d’encours). Selon nos informations, la part d’autofinancement de CACF est ainsi passée de 30 % à 50 %. Même son de cloche chez Société Générale Consumer Finance. « Notre objectif était de porter à 25 % la part d’autofinancement de notre activité et nous l’avons atteint, ce qui représente près de 6 milliards d’euros de financements externes, confie Gianluca Soma. Nous souhaitons poursuivre dans cette voie. Nous avons également lancé une activité de collecte de dépôts grâce à laquelle notre filiale en Pologne s’autofinance à près de 65 %, tandis que notre activité en Allemagne s’autofinance désormais à 100 %. »

De nouvelles sources de revenus

Sur ce terrain, BNPP PF n’est pas en reste. Lancée en Bulgarie avec BNP Paribas, « l’activité de dépôts nous a permis de collecter l’équivalent d’un quart de nos encours totaux en l’espace de sept mois, explique Thierry Laborde qui, en un an et demi, a également engrangé 200 millions d’encours en France et a récemment déployé cette activité en Italie (25 millions d’euros d’encours). Dans les pays hors zone euro, cette collecte de dépôts nous permet de nous désensibiliser des contraintes de refinancements. Après la Bulgarie, nous regardons dans quels autres pays nous pourrions lancer une telle activité. »

Au-delà des enjeux de refinancement, cette diversification d’activité témoigne d’un changement de modèle des spécialistes du crédit contraints de trouver de nouvelles sources de revenus. Collecte d’épargne, ventes d’assurance emprunteur ou dommages, voire de la prévoyance, sont donc monnaie courante chez les acteurs du crédit à la consommation. « Les synergies sont désormais plus fortes avec les maisons mères bancaires en termes soit de développement commercial, soit de mise en commun de moyens (recouvrement, système informatique), atteste Thomas Tugendhat. Face à la crise, les acteurs ont dû diversifier leur modèle économique pour résister. » A en croire les professionnels, le secteur est toutefois loin d’avoir achevé sa mue. « Le marché a été bouleversé et les acteurs se doivent de se transformer, estime Thierry Laborde. Ceux qui ne se transformeront pas auront beaucoup de difficultés pour survivre à l’avenir. Le secteur devrait encore évoluer et on pourrait encore voir des mouvements de consolidation à l’avenir. »

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