L’homme clé, Cédric Mignon, directeur du développement des Caisses d'Epargne

« Accompagner en fonds propres les entreprises"

le 29/08/2013 L'AGEFI Hebdo

L’Ecureuil récolte les fruits de ses campagnes de bancarisation des détenteurs du Livret A. En un an, il a augmenté de 7,5 % le nombre de ses clients actifs : 250.000 personnes de plus ayant un compte à vue sur lequel est domicilié leur salaire ou au moins trois produits d’épargne. Il s’agit maintenant de les retenir. Pour Cédric Mignon, directeur du développement des Caisses d'Epargne (1,76 milliard d’euros de produit net bancaire au dernier trimestre), le coffre-fort électronique à collecte automatique est une des solutions. « Les nouvelles technologies doivent rapprocher la banque du client, soutient-il. Durant l’été, nous avons rendu la lecture de notre site internet totalement compatible sur les smartphones et les tablettes. » Fier qu’il s’agisse de « l’application bancaire la plus téléchargée en France », celui qui a été nommé en mai rappelle aussi « la mise en place de nouveaux postes de travail multimédias qui permettent d’ores et déjà à nos conseillers d’avoir à disposition toutes les données fournies par le client quel que soit le canal de contact de départ. Les clients veulent que leur conseiller soit aussi un e-conseiller tout en conservant la proximité qu’offrent nos 4.300 agences multimédias. Nous ne sommes pas sur une opposition entre réseau physique et agence numérique. Au contraire, nous développons leur complémentarité ».

Concernant ses prochains objectifs pour réduire ses frais de gestion (1,14 milliard d’euros au dernier trimestre), améliorer son coefficient d’exploitation (65,1 %) ou participer à l’organisation de synergies au sein d’un groupe auquel les 17 Caisses d’Epargne ont apporté 298 millions de résultat net au deuxième trimestre, Cédric Mignon, membre du comité exécutif de BPCE, se montre bien plus réservé, le groupe devant annoncer son prochain plan stratégique à l’automne. Pourtant, certaines tendances se dessinent déjà. Ainsi, pour le coffre-fort électronique qui sera lancé en septembre, comme pour d’autres innovations telles que la signature électronique que proposent Caisses d’Epargne et Banques Populaires, « une plus grande mutualisation des développements informatiques entre les deux réseaux s’est mise en place », livre du bout des lèvres le quadragénaire.

Financer les entreprises

Celui dont l’homonymie avec le directeur général de la banque de gros (Laurent Mignon chez Natixis) est fortuite révèle en revanche à L’Agefi Hebdo une nouvelle approche des entreprises. « Fin octobre, nous présenterons une illustration de notre démarche d’innovation dans le capital-investissement, précise cet ancien directeur de la BDR (Banque du développement régional). Ainsi, la Caisse d’Epargne de Picardie va créer son propre fonds. Nous avons mis en place avec les équipes de Natixis un dispositif permettant de doter chacune des Caisses d’Epargne de structures de capital-développement régional. » Comme d’autres mutualistes, l’Ecureuil joue la carte de la proximité. Reste à gérer la concurrence avec Banque Populaire… « Pour accompagner nos clients, nous disposons de 300 chargés d’affaires entreprises ainsi que de 1.200 chargés de clientèle dédiés aux professionnels, indique celui qui a débuté à la Banque Populaire de Champagne. Depuis cinq ans, nous avons adapté notre offre et nos canaux de distribution pour que notre taux de pénétration sur le marché des entreprises passe de 5 % à 10 %, avec 30 % des flux de ces clients. Nous disposons d’une centaine de centres d’affaires en région, organisés par les Caisses d’Epargne d’abord pour conquérir les entreprises jusqu’à 5 millions d’euros de chiffre d’affaires mais aussi, depuis deux ans, jusqu’à 500 millions. »

Le réseau ne pouvait pas se priver d’un gisement de ressources. « Nous allons chercher les dépôts où ils se trouvent, auprès de nos clients en relation principale, mais aussi auprès des particuliers qui ont de l’épargne chez nous mais pas de compte à vue et auprès des personnes morales. » Le stock d’épargne bilancielle de l’Ecureuil atteint 364 milliards à fin juin 2013, en croissance de 7,5 % dont 10 milliards (+8,3 %) de dépôts à vue. En parallèle, L’Ecureuil se distingue d’autres en augmentant ses encours de crédits de 8,9 % entre le deuxième trimestre de 2012 et celui de 2013, avec « 22 milliards d’euros en production sur le semestre, dont la moitié en immobilier et environ 7 milliards d’euros auprès des entreprises, collectivités locales, acteurs du logement social et associations », précise le dirigeant.

« Au moment de la reprise, les entreprises débloqueront leur épargne et demanderont du crédit. Nous devons être prêts. » Dans cette perspective, « la dernière réforme concernant l’épargne administrée va rapporter 30 milliards de liquidités dans les banques, dont environ 8 milliards aux Caisses d’Epargne qui vont ainsi améliorer leur coefficient emplois sur ressources  », se félicite Cédric Mignon. La production de crédits aux collectivités locales de 2013 doit pour sa part s’élever à 4,5 milliards d’euros, dont 500 à 600 millions en « green business ». « Nous venons, par exemple, de boucler un financement sans affecter notre propre liquidité pour des structures de traitement et d’assainissement de l’eau grâce à une enveloppe de 200 millions d’euros accordée pour la deuxième fois par la Banque Européenne d’Investissement (BEI). A côté de notre action dans le ‘green business’, nous venons aussi d’obtenir, ce 29 août, avec la BEI une enveloppe de financement de 150 millions d’euros destinée au secteur hospitalier », dévoile Cédric Mignon.

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