A Londres, NBNK Investments dans les starting-blocks bancaires

le 09/12/2010 L'AGEFI Hebdo

Le nouvel établissement britannique conditionne son lancement effectif à l’acquisition d’un réseau d’agences.

Le secteur de la banque de détail britannique n’en finit pas d’accueillir de nouveaux entrants. Après Metro Bank ou les projets de Virgin et du distributeur alimentaire Tesco, il va désormais falloir compter avec NBNK Investments, une coquille d’investissement soutenue par des poids lourds de la finance britannique. Sous la présidence de Lord Levene, le président du marché tricentenaire de l’assurance londonienne, la banque compte également dans ses rangs Sir David Alan Walker, auteur éponyme d’un rapport sur la gouvernance des banques l’an dernier, mais encore Lord McFall, ex-président de la commission du Trésor du Parlement britannique. L’ancien commissaire européen chargé du Marché intérieur Charles John McCreevy, qui avait également rejoint le conseil d’administration de la banque, a en revanche dû renoncer à son poste en raison d’incompatibilités avec ses responsabilités passées. Dernier recrutement en date, celui de Gary Hoffman, l’ancien directeur général de Northern Rock, qui cumule plus de 28 ans d’expérience dans le secteur bancaire.

Pas d’offre sur Northern Rock

En contrepartie, NBNK, qui n’a jamais fait mystère de son intention de croître par acquisitions de réseaux d’agences existants, s’est engagé à ne pas faire d’offre sur Northern Rock pendant une période de douze mois à compter du 1er novembre 2010. Il est vrai que les cibles potentielles ne manquent pas : la société vise ainsi très clairement le réseau de 600 agences dont le groupe bancaire Lloyds Banking Group va devoir se défaire d’ici à fin 2013. « L’acquisition de ce réseau nous permettrait d’emblée de réunir les 6 % de part de marché convoités sur le secteur de la banque de détail britannique », explique un porte-parole de la banque. Ambitieuse, NBNK Investments, qui veut se spécialiser dans le marché britannique des particuliers et des entreprises petites et moyennes, voire, à moyen terme, dans la gestion de fortune, pourrait aussi lorgner les agences de Clydesdale&Yorkshire, filiale de National Australia Bank.

Fin août, NBNK est parvenue à lever 50 millions de livres au travers de son introduction sur le marché libre de la Bourse londonienne. La société, qui signale ainsi que la première phase de son plan de développement a été réalisée, envisage par la suite de faire appel à nouveau aux investisseurs pour financer le rachat des réseaux d’agences. « Ce n’est qu’après cette étape que nous envisagerons une introduction boursière sur le marché principal londonien », poursuit son porte-parole. Sur les chances de succès de cette énième entreprise bancaire, les observateurs restent prudents : « Il y a dix ans, le secteur de la banque britannique s’était enrichi d’une pléthore de nouveaux entrants sur la scène de la banque en ligne, rappelle Daoud Fakhri, analyste senior auprès de la société d’études Datamonitor. En dépit de la publicité massive entourant leur arrivée, ces acteurs n’ont jamais réussi à faire grande impression. »

Des obstacles à l’entrée

La nature du marché de la banque de détail ne porte pas non plus à l’enthousiasme : « Le degré d’apathie de la clientèle bancaire reste élevé, souligne Keith Bowman, analyste chez le courtier Hargreaves Lansdown. Et même si la technologie a permis de faire avancer les choses, il existe toujours une marge significative d’erreurs dans le transfert des comptes d’un établissement à un autre. » Un rapport publié récemment par l’Office of FairTrading, l’organisme de la concurrence britannique, signale ainsi que moins de 10 % de la clientèle britannique a souhaité changer de fournisseur de comptes courants au cours des douze derniers mois. Le rapport, qui se concentre sur les obstacles à l’entrée de nouveaux acteurs dans la banque de détail, met aussi en évidence les barrières réglementaires et l’absence de notoriété de la marque comme défis significatifs pour les potentiels candidats. En rachetant les agences de Lloyds Banking Group, NBNK pourrait ainsi contourner ce dernier obstacle en capitalisant sur la marque Lloyds, bien connue du grand public. D’autant que, dans un secteur surchargé, les efforts de différentiation sont nécessaires : Metro Bank, qui reste évasive sur ses premiers résultats, a d’ores et déjà ouvert quatre agences depuis sa création fin juillet. En attendant l’entrée en fonction de son directeur général le 1ermai prochain, NBNK n’aura en revanche pas cette démarche d’ouvertures ex nihilo.

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