100 milliards dans le brouillard

le 14/06/2012 L'AGEFI Hebdo

L’Europe vient d’inventer un nouveau type de sauvetage, celui qui ne s’avoue pas comme tel. Puisqu’il ne s’agit officiellement que d’un prêt, pouvant aller jusqu’à 100 milliards d’euros tout de même, chacun est censé croire qu’il sera remboursé, voilà tout. Les citoyens européens sont priés de n’être pas curieux, au moins pour l’instant : la rémunération du prêt n’est pas publique - on parle sous le manteau d’un taux de 3 % mais nul ne songe à le confirmer officiellement -, pas plus que sa durée, pas davantage encore que la proportion des fonds qui sera versée par le Fonds européen de stabilité financière (FESF) ou par le Mécanisme européen de stabilité (MES). Ces « détails » ne sont pas seulement importants pour les contribuables sur les épaules desquels une ardoise virtuelle de 100 milliards repose désormais ou pour l’Irlande dont le cas est très proche de l’Espagne ; ils sont aussi cruciaux pour les investisseurs qui ont besoin de savoir sur quelles sommes la zone euro s’octroiera une « séniorité ». Cela ne sera pas sans effet sur la propension des bailleurs privés à continuer à prêter à l’Espagne et donc sur la capacité de celle-ci à honorer ses engagements budgétaires à l’égard de ses partenaires. La réaction maussade des marchés à l’annonce du plan s’explique sans peine.

Ce n’est pas tout : Madrid continuera à agir via le Frob, ce fonds public de restructuration du système bancaire national. Mais on ignore selon quelle formule l’énorme problème immobilier sera traité et aussi dans quelles conditions les fonds européens seront appelés, c'est-à-dire comment seront traités les créanciers actuels ; beaucoup sont de simples particuliers dont les comptes ont été, bon gré mal gré, lestés de papiers qui n’ont plus guère de valeur. La restructuration du secteur bancaire est un problème politique majeur en Espagne dont on ne sait quasiment rien à l’extérieur. Madrid a-t-il pris vis-à-vis de ses partenaires des engagements précis en la matière, c'est-à-dire indiqué clairement quel effort serait demandé à qui avant qu’il soit fait appel aux fonds européens ? Si tel est le cas, les explications officielles manquent. On ne pourra pas nier que tout a été fait pour ne pas paniquer le citoyen européen de base, quitte à oublier de l’informer purement et simplement.

Il est vrai que pour l’heure, le montant de la facture n’est pas connu puisque les conseils de Madrid sont toujours à l’ouvrage pour l’évaluer. Mais il est tout aussi vrai que l’imbrication des affaires bancaires et politiques en Espagne étant ce qu’elle est, un effort de transparence est impératif pour éviter les soupçons de dilapidation sans contrôle des fonds européens. Il n’est pas trop tard pour l’exiger. Le reproche de manque de contrôle démocratique est trop justement adressé à la zone euro pour ne pas donner à tous les citoyens les moyens de savoir ce à quoi leurs responsables politiques ont jugé bon de les engager.

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