De l’importance d’être gros sans complexe selon JPMorgan

le 19/03/2015 L'AGEFI Hebdo

Malgré la pression de régulateurs et de certains analystes, la banque new-yorkaise défend plus que jamais les vertus de son modèle intégré.

De l’importance d’être gros sans complexe selon JPMorgan
Marianne Lake, directrice financière de JPMorgan.
(Bloomberg)

D’après une récente étude de Harvard, les banques de moins de 10 milliards de dollars d’actifs ont perdu 12 % de parts de marché aux Etats-Unis depuis 2010. Leur part dans les crédits est même passée de plus de 40 % à 22 % entre 1990 et 2014, tandis que celle des cinq premières banques américaines – JPMorgan Chase & Co., Bank of America, Wells Fargo, Citibank et US Bancorp – croissait de 17 % à 41 %. Si l’objectif de la Réserve fédérale (Fed), au-delà du renforcement des fonds propres des GSIB (globally systemically important banks), est aussi d’« inciter les banques à réduire leur présence systémique et leur profil de risque » pour écarter la menace du « too big to fail » sur l’économie, il est loin d’être atteint.

La décision prise par la Fed en décembre 2014 concernant les GSIB pénalise directement JPMorgan soumise à une surcharge systémique de fonds propres de plus de 4,5 %, soit un effort supplémentaire de près de 22 milliards de dollars de capital d’ici 2019. Comme le souligne l’analyste de RBC Capital Markets, Gerard Cassidy, « la surcharge affecte toutes les grandes banques mais JPMorgan est de loin la plus touchée ». Il faut dire que les méga-banques américaines n’ont jamais été aussi grosses, les cinq premières d’entre elles captent plus de 44 % des actifs contre moins de 10 % en 1990 (SNL Financial au 31 décembre 2014). Et JPMorgan, première banque américaine en termes d’actifs (2,6 trillions de dollars), concentre à elle seule 1,3 trillion de dollars de dépôts en 2014. Forte de ses 260.000 employés à travers le monde, l’établissement est largement présent dans toutes les lignes de métiers à la faveur du rachat de la banque d’affaires Bear Stearns et de Washington Mutual lors de la crise de 2008.

Créer de la valeur...

Pas question pour JPMorgan de revenir sur ce modèle de banque universelle. Son patron, Jamie Dimon, a voulu mettre fin aux spéculations sur le démantèlement du groupe lors de sa journée investisseurs du 25 février : « Nos gros clients – entreprises et gouvernements – ont besoin d’une grande banque », a-t-il réaffirmé. Cette énième mise au point fait suite notamment à une note de Goldman Sachs, début janvier, suggérant qu’il était temps pour JPMorgan de procéder à une scission par métiers (banque commerciale, banque de détail, banque d’investissement et gestion d’actifs) en deux, voire en quatre entités, afin de créer plus de valeur pour les actionnaires.

La direction de JPMorgan a au contraire mis en avant les synergies et économies de coûts qui génèrent un revenu de 18 milliards de dollars et un bénéfice de 6 à 7 milliards par an. Un tiers de son activité de banque d’investissement provient de clients de la banque commerciale. Ventes croisées, économies d’échelle, diversification, autant d’avantages compétitifs que lui confère sa taille et ce malgré une réglementation défavorable. « L’échelle a toujours été gagnante pour les banques », a conclu dans sa présentation Marianne Lake, directrice financière de JPMorgan. Selon elle, une scission, même si elle libérerait 15 milliards de dollars de capital, aurait un coût largement prohibitif.

... un enjeu de taille

Soucieux de donner des gages de bonne volonté, le groupe a néanmoins annoncé un nouveau plan d’économie de 5 milliards de dollars sur deux ans dans la banque d’investissement, la fermeture de 300 agences, ainsi que la suppression de 100 milliards de dépôts peu rémunérateurs d’ici la fin 2015. Visant à simplifier sa structure et à se créer des marges de manœuvre, ce plan lui permet surtout de maintenir son objectif ambitieux de retour sur capital tangible (ROTCE) à 15 % en quatre ans.

Pour JPMorgan, plus que la taille, c’est la complexité qui est en jeu. « Etre plus gros n’est pas la même chose qu’être complexe ou être plus difficile à gérer », a tenu à préciser Marianne Lake. La démonstration semble avoir rassuré. Meghan Neenan, analyste chez Fitch Ratings, met en garde contre la duplication des frais réglementaires et des coûts structurels et de back-office liée à une scission : « Il s’agit de trouver le bon équilibre entre synergies et complexité. [JPMorgan] continue d’être plus fort en une seule compagnie que séparément. » Gerard Cassidy estime pour sa part la scission prématurée : « Nous devons accorder à notre plus grande banque le bénéfice du doute et lui laisser plus de temps pour voir si elle est capable d’offrir des rendements acceptables aux actionnaires. Mais si ce n’est pas le cas, alors il sera nécessaire pour la banque de réduire sa taille, voire de se scinder », conclut-il.

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