La CCR défend son modèle et sa garantie d’Etat

le 03/04/2014 L'AGEFI Hebdo

Malgré la recrudescence des intempéries, et les attaques de Scor, la CCR continue de se recentrer vers la réassurance de catastrophes naturelles en France.

Inondations en Bretagne, en Vendée et dans le Sud-Ouest : les intempéries se succèdent depuis quelques mois. « Le coût des inondations en France s’élève d’ores et déjà entre 300 et 400 millions d’euros pour les seuls mois de janvier et février 2014, alors que le coût de tels événements atteint en moyenne 500 millions d’euros sur une année », estime Stéphane Pallez, présidente-directrice générale (PDG) de la Caisse Centrale de Réassurance (CCR), dont l’activité dans le domaine des catastrophes naturelles en France dispose de la garantie de l’Etat. « Face à une telle situation, notre système fonctionne bien et de manière utile, sans faire appel à l’aide de l’Etat car il est préfinancé », déclare la PDG de la CCR. Malgré la recrudescence des intempéries en France déjà en 2013, la société détenue par l’Etat a ainsi réussi à augmenter ses réserves dédiées aux catastrophes naturelles. Ces dernières s’élèvent désormais à près de 4 milliards d’euros. Et malgré le coût plus important des sinistres l’an dernier, son résultat net s’est élevé à 210 millions, contre 242 millions d’euros en 2012. Pour Stéphane Pallez, cela démontre à quel point la CCR demeure solide et utile, malgré les critiques. Sa conférence de presse, la première organisée depuis qu’elle en a pris les manettes en juillet 2011, intervient alors que Scor a engagé une bataille juridique contre la société. L’objectif du cinquième réassureur mondial : obtenir la suppression de la garantie de l’Etat dont dispose la CCR en matière de catastrophes naturelles, jugeant qu’elle lui confère un « quasi-monopole » sur ce marché. En septembre dernier, le Conseil constitutionnel a débouté Scor de sa demande au vu de « la nature particulière des risques assurés » et du fait que la CCR est « tenue de réassurer tous les assureurs qui le demandent ». Scor a alors décidé de saisir les instances européennes. Le régime de la CCR risque-t-il d’être remis en cause ? « Les bases juridiques de notre système ont été renforcées par la décision du Conseil constitutionnel. Le régime français est bien connu des instances européennes, et nous sommes prêts à répondre à toutes leurs questions si la plainte de Scor progresse », assure Stéphane Pallez. Cette année, plus de 90 % des assureurs ont renouvelé leur adhésion auprès de la CCR, « démontrant leur intérêt pour ce système », selon sa PDG. L’entreprise se concentre ainsi depuis l’arrivée de Stéphane Pallez sur son cœur de métier, les activités de réassurance avec garantie d’Etat. En 2013, CCR a réalisé les deux tiers de son chiffre d’affaires, soit 838 millions d’euros dans ces activités, essentiellement dans la réassurance des catastrophes naturelles en France (lire le tableau). Son autre grand pilier, les activités de réassurance sans garantie de l’Etat, ne représente désormais plus qu’un tiers de son chiffre d’affaires, soit 418 millions d’euros. Elles ont reculé de 19 % en 2013, pénalisées par un effet devises et surtout par la politique de recentrage menée depuis deux ans. « Notre stratégie se traduit par une baisse du volume des activités de réassurance de marché, alors que nous devenons plus sélectifs, et ciblons les clients les moins risqués », explique Pierre Michel, directeur général adjoint en charge des finances. La CCR a décidé de limiter sa présence dans ce secteur afin de limiter la prise de risques. Elle s’est notamment focalisée sur l’Europe. Résultat, elle a été peu affectée par les catastrophes naturelles qui ont frappé le monde l’an dernier, qu’il s’agisse des inondations au Canada ou de celles en Inde. Nouvelles missions En 2014, Stéphane Pallez compte donc continuer de se développer dans les activités avec garantie d’Etat, dès lors sur le marché français. Pour améliorer son expertise en matière de catastrophes naturelles, et mieux anticiper les risques, une série de partenariats ont été noués avec des organismes tels que Météo France. Des réflexions ont également été engagées avec les pouvoirs publics sur une extension de ses missions, notamment en matière de couverture des risques climatiques des exploitants agricoles. « Il est question d’une couverture qui pourrait nécessiter l’intervention de l’Etat via la CCR », indique Stéphane Pallez. Une réflexion va, par ailleurs, être menée cette année sur la couverture civile des exploitants nucléaires. « Il est envisagé d’augmenter à la fois leur couverture obligatoire et d’élargir les risques couverts aux dommages à l’environnement. Le marché ne pourra peut-être pas couvrir de tels risques, seul. »

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