BNP Paribas

BNP Paribas, croître à pas comptés

le 03/04/2014 L'AGEFI Hebdo

Le groupe a beau apparaître comme un champion face à de nombreux concurrents, l’heure est pour lui au déploiement maîtrisé.

La direction de BNP Paribas lors de la présentationdes résultats 2013.REA

Il était très attendu. BNP Paribas en avait dévoilé des pans entiers au fil des mois, mais les observateurs du secteur bancaire étaient impatients d’appréhender la globalité de son plan à moyen terme. Une curiosité naturelle envers un groupe dont la capitalisation boursière (70,5 milliards d’euros à fin 2013) est désormais deux fois supérieure à celle de Société Générale – mais demeure deux fois inférieure à celle d’HSBC. Ainsi, sur la totalité de son périmètre, le groupe dirigé par Jean-Laurent Bonnafé ne joue plus dans la même cour que les autres français. De plus, si Fitch Ratings a modifié de « stable » à « négative » la perspective attribuée aux notes de Bank of America (« A »), Deutsche Bank (« A + ») et Société Générale (« A »), qui pourraient perdre un cran, l’agence maintient son « A+ » avec une perspective stable pour BNP Paribas. Dans ce contexte, il est légitime de s’intéresser à la trajectoire d’ici à 2016 et aux positions du groupe français comparées à celles de ses pairs internationaux, à l’issue de son développement sur des zones géographiques ciblées et dans des métiers spécialisés considérés comme des « relais de croissance clés », notamment Personal Finance, Cardif (assurances) et Securities Services (BP2S). Approche inchangée Si Jean-Laurent Bonnafé a changé de lunettes et désépaissi sa mèche grisonnante, il ne varie pas d’approche. Il se fonde sur un modèle équilibré entre banque de détail (la moitié des fonds propres de BNP Paribas y sera allouée en 2016), banque de financement et d'investissement (BFI : un tiers de l’allocation) et Investment Solutions (un sixième) afin de présenter un plan « ambitieux mais réaliste », a-t-il expliqué. Il ne s’agit plus désormais de « surprendre », selon le terme de Jean-Paul Chifflet, directeur général de Crédit Agricole SA qui a aussi ses objectifs 2016 (lire l’entretien). « L’important pour les banques est de montrer qu’elles ont minimisé leur profil de risque et leur volatilité, insiste Fabrice Asvazadourian, co-directeur de la practice mondiale Services Financiers de Roland Berger. Elles se veulent rassurantes concernant leurs objectifs et leurs trajectoires. » BNP Paribas a donc validé ses données cibles, comparables à celles de Crédit Agricole et de BPCE (lire le tableau ci-dessus), augmentant son programme d’économies de coûts débuté en 2013 de 800 millions, à 2,8 milliards d’euros (dont 63 % en banque de détail), et plaçant les « ventes croisées au cœur du modèle ».  En Europe, tous les établissements sont contraints à la fois par une croissance atone et un environnement réglementaire durci. « BNP Paribas anticipe d’ici à 2016 une hausse annuelle de 1,5 % de ses revenus sur ses marchés domestiques [France, Italie, Belgique, Luxembourg, NDLR], avec une base de 15,5 milliards d’euros en 2013, relève Thierry Grunspan, directeur chez Standard & Poor’s, et de 0,5 % seulement pour sa banque de détail en France. » En comparaison, pour ses réseaux français (Caisses régionales et LCL), le groupe Crédit Agricole avance une croissance de produit net bancaire (PNB) de 1 % par an. « A zones géographiques et métiers identiques, les copies à moyen terme des banques françaises sont assez proches, souligne un consultant. Seul BPCE peut annoncer une croissance de PNB car ses réseaux sont encore en décalage en termes d’équipement des clients. » Le rêve américain BNP Paribas bénéficie en revanche d’une diversification que d’autres n’ont pas, fondée sur un modèle de banque universelle dont le maintien est désormais moins évident pour Barclays ou Deutsche Bank, et une présence géographique plus diversifiée que celle des banques françaises et plus équilibrée que celle de BBVA ou UniCredit (lire le graphique ci-contre). « Ses ambitions en zone euro sont à mettre en regard de sa volonté d’augmenter de plus de 6 % par an d’ici à 2016 ses revenus aux Etats-Unis – 2,2 milliards d’euros en 2013, soit bien plus que la croissance attendue du produit intérieur brut, souligne Thierry Grunspan. Le groupe a néanmoins la volonté de grandir en Allemagne, notamment sur le segment des entreprises. Par ailleurs, il maintient son plan de développement en Turquie, malgré un contexte compliqué, avec une croissance annuelle de 15 % pour ses revenus. Enfin, il met l’accent sur l’Asie même si la croissance de ses revenus d’ici à 2016 peut y paraître modeste au regard des progrès accomplis en 2013 » : 2 milliards d’euros en 2012 pour l’ensemble des pôles ; 2,5 milliards en 2013 et 3 milliards en 2016. Le cas des Etats-Unis est à part. « BNP Paribas a de solides ambitions pour sa filiale américaine et entend porter ses efforts aussi bien sur le segment des entreprises que sur la gestion de fortune, souligne Thierry Grunspan. Avec seulement 7,1 milliards de dollars d’actifs sous gestion – soit 1 % des encours d’un géant américain comme Morgan Stanley par exemple, BNP Paribas semble disposer ici d’un potentiel de croissance important. » Détenir un réseau constitue un atout, estime l’analyste crédit de S&P : « BancWest est une banque régionale présente dans 19 Etats de l’Ouest Américain, avec une base de dépôts significative de plus 58 milliards de dollars à fin 2013 ».  Dans le plan à moyen terme du groupe, « le plus intéressant réside dans la croissance attendue de 6 % des revenus en BFI, notamment aux Etats-Unis, souligne Thierry Grunspan, en accompagnement des grands clients 'corporate' et en développant les synergies avec BancWest. » BNP Paribas cherche en effet à transformer cette community bank en banque universelle avec, désormais, en prolongement, une offre de BFI. Securities Services Pour Thierry Grunspan, « les synergies entre la BFI et BP2S sont remarquables ». L’activité de Securities Services tient déjà une part importante dans la notation de S&P. Elle apporte des ressources stables, le coût du risque est très bas et le RoE spectaculaire puisque l’activité demande peu de fonds propres. « L’entité se place en cinquième position mondiale. A ce niveau, envisager 7 % de croissance des revenus par an est très ambitieux, mais possible selon nous, compte tenu de la dynamique de conquête de parts de marché tel que celle de la CDC face à Caceis en 2013, souligne son directeur. Avec sa stratégie de synergies avec la BFI, BNP Paribas est très bien positionnée pour attirer une clientèle de 'brokers-dealers' et de 'hedge funds'. En outre, si les taux remontent, ses performances sont assurées. » De fait, la BFI retrouve toute son importance. BNP Paribas a d’ailleurs annoncé la création d’une nouvelle ligne de métier regroupant l'ensemble de ses activités de compensation de dérivés, listés et OTC, nommées DCS (derivatives clearing services). La compensation des dérivés est un thème qui monte en puissance, des listés hier aux OTC aujourd’hui (lire le dossier page 24). Dans l’organisation actuelle du groupe, les premiers sont compensés chez BP2S et les seconds à la BFI. « Il est évident qu’une offre commune aurait du sens. BNP Paribas indique aussi qu’à l’avenir, les dérivés seront de plus en plus une activité de flux standardisés, justifiant le développement d’une plate-forme plus 'industrielle' », relève Thierry Grunspan. Pour Fabrice Asvazadourian, « le groupe, qui vient de reprendre les dérivés actions de Crédit Agricole CIB, se positionne comme une plate-forme industrielle qui peut s’ouvrir à des tiers. L’'in-sourcing' est un axe de développement nouveau dans ces métiers. Les plates-formes industrielles pourraient regrouper deux à quatre banques, voire être opérées par des acteurs non bancaires. »  La recherche d’équilibre Au-delà, l’ambition de BNP Paribas est de gagner des parts de marché dans la BFI en passant de 3 % à 3,5 % au niveau mondial. « Après avoir perdu du terrain depuis 2009 en raison d’un appétit au risque sans doute moindre que celui de ses pairs, le groupe reprend l’offensive, constate Thierry Grunspan. Il devrait néanmoins rester derrière ses cinq grands concurrents américains, ainsi que les européens Deutsche Bank, Barclays et Credit Suisse: du dixième rang, il peut monter d’une ou deux places au niveau mondial, sachant que Société Générale se classe une ou deux derrière. » Depuis le début de la crise, BNP Paribas n’a cessé de creuser l’écart avec le groupe de La Défense. Toutefois, « à l’échelle mondiale, Société Générale est reconnue pour l’excellence et la prééminence des dérivés actions dans son portefeuille, BNP Paribas étant plus équilibrée entre 'fixed income' et actions, rappelle ce directeur de S&P. La baisse des revenus en 'fixed income' l’an dernier – de l’ordre de 20 % à 25 % au niveau mondial – a donc plus pesé sur BNP Paribas que sur Société Générale. Des acteurs ont récemment quitté la BFI ou se sont recentrés sur certaines activités spécifiques. BNP Paribas profite de ce mouvement de concentration en rachetant des portefeuilles, comme celui de RBS. » Avec ces objectifs de croissance, essentiellement organique, BNP Paribas cherche l’équilibre entre performance et solidité. En termes de retour sur capitaux investis, « annoncer un RoE (return on equity) qui évolue durablement autour de 10 % paraît raisonnable, juge Fabrice Asvazadourian. Tout l'enjeu est de convaincre les investisseurs que le coût du capital devrait baisser : une prime de risque de 8 % comparée aux bons d’Etats n’a plus lieu d’être. » Or, l’enjeu des fonds propres rapportés au risque est devenu majeur dans le nouvel environnement réglementaire. Dès lors, pour S&P, il reste « une interrogation sur la solvabilité que nous évaluons avec notre ratio RAC (« risk-adjusted capital »), explique Thierry Grunspan. Si l’amélioration des performances se poursuit, BNP Paribas devrait passer le cap des 7 % d’ici à fin 2014 ou début 2015. C’est notre scénario central. Trois bémols, cependant : le taux de distribution des résultats sous forme de dividendes devrait passer de 30 % en moyenne au cours des années récentes à 45 %. Le RoE cible est de 10 %, très au-dessus des 7,7 % hors exceptionnels atteints en 2013. Enfin, le ratio de capital règlementaire CET 1 (« common equity tier one ») à fin 2013 – 10,3 %, en baisse suite au rachat des parts de l’Etat Belge dans Fortis – est encore légèrement supérieur au ratio cible de 10 % à l’horizon 2016. » Ces trois éléments pourraient peser sur la consolidation de la base en capital.

A lire aussi