Incontournable international

le 27/03/2014 L'AGEFI Hebdo

Au sortir d’une crise financière doublée d’une autre de la zone euro, les banques françaises pouvaient espérer que leur résilience au plus fort de cette double épreuve créerait les conditions d’un rebond d’activité. Or il faut constater qu’elles ne jouissent sur leurs marchés domestiques de rien qui s’apparente au bain de jouvence dont profitent leurs rivales américaines. Les raisons sont multiples : les contraintes réglementaires présentes et à venir continuent de brider leurs capacités à faire leur métier de prêteur, et de leur imposer des niveaux de rentabilité éloignés de ce qu’ils furent autrefois ; dans certains cas, comme en matière de fiscalité ou de rémunérations, les conditions d’exercice propres à la banque en France compliquent leur situation quand elles ne leur imposent pas de trouver des solutions sous d’autres cieux ; quant à l’atonie conjoncturelle qui caractérise la zone euro, elle leur interdit de rêver au regain de la demande en financements qui transforme les conditions d’exercice aux Etats-Unis.

A ces raisons bien identifiées, ajoutons-en une qui l’est moins : en Europe, tous les gouvernements ont fait ce qu’il fallait, et souvent aussi ce qu’il ne fallait pas, pour sauver les soldats perdus de leurs systèmes bancaires. Pour des raisons de sécurité financière et de souveraineté, de véritables zombies hantent encore le paysage. Cette situation très différente des Etats-Unis où sont survenus maints changements de contrôle spectaculaires hypothèquera pour longtemps la capacité de concentration sans laquelle aucune industrie aux marges déclinantes, quelle qu’elle soit, ne peut s’assainir au rythme nécessaire. De ce point de vue, l’Union bancaire aurait pu marquer une avancée majeure si son système de résolution unique n’avait été conçu, sous pression allemande, pour permettre aux Etats de limiter les forces poussant à la consolidation en Europe. Les rapprochements transfrontaliers devraient y rester tout aussi rares et limités demain qu’aujourd’hui.

C’est dans ce contexte de perspectives domestiques médiocres et de retours sur fonds propres durablement inférieurs au coût du capital que les acteurs nationaux regardent vers le large (lire notre Dossier, page 28). Tous engagent de nouveaux plans de développement essentiellement organiques et teintés de réalisme. Synergies et réductions de coûts demeurent au centre du jeu pour soutenir l’accent mis par chacune sur ses points forts : BFI et nouvelle banque en ligne pour BNP Paribas, banque de proximité, gestion d’actifs et assurances pour Crédit Agricole… Le cap sera mis sur l’international chaque fois que l’acquis le justifie ou que les moyens, comme dans le cas de BNP Paribas en Allemagne ou en Asie, le permettent. Tout cela promet une croissance résolue mais discrète. Avec les chances mais aussi les risques que comporte une telle expansion même en Europe, comme les événements impliquant l’Ukraine et la Russie le rappellent aujourd’hui

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