L’homme clé - Mohamed El Kettani, PDG d’Attijariwafa Bank

« En Europe, depuis la France, nous misons sur le ‘trade finance’ »

le 27/03/2014 L'AGEFI Hebdo

Son agenda est chargé. Ces dernières semaines, Mohamed El Kettani participait à la « tournée royale en Afrique ». En d’autres termes, le PDG d’Attijariwafa Bank (AWB) a accompagné le roi du Maroc Mohammed VI au Mali, en Guinée Conakry, en Côte d'Ivoire et au Gabon. A chaque étape, le groupe bancaire – détenu à hauteur de 46,8 % par la SNI (Société Nationale d’Investissement), holding de participations de la famille royale du Maroc – a été associé aux conventions entre Etats. Sur le premier trimestre, AWB a ainsi concrétisé neuf accords contribuant à consolider son positionnement et son image tant en Afrique centrale qu’en Afrique de l’Ouest, où le groupe duplique ses modèles bancaires et financiers. Ce développement continental se consolide chaque année un peu plus depuis qu'AWB a repris, en 2009, les participations de Crédit Agricole SA dans Crédit du Congo (81 % du capital), Société Ivoirienne de Banque (51 %), Société Camerounaise de Banque (65 %), Union Gabonaise de Banque (59 %) et Crédit du Sénégal (95 %), pour un montant global de 250 millions d'euros. « Depuis cette opération, sachant que nous avions pris position au Sénégal par nos propres moyens dès 2006, précise Mohamed El Kettani, nous avons doublé la taille des réseaux de ces cinq pays. Sa Majesté Mohammed VI a aussi fait de l’intégration Sud-Sud un axe majeur, sans remettre en cause la coopération Nord-Sud. » Pour ne prendre en compte que l’intérêt du groupe bancaire, lié à la bancarisation des populations et au financement des entreprises et projets en Afrique sub-saharienne, AWB s’assure des relais de croissance, alors que celle-ci n’est plus qu’à un chiffre au Maroc (L’Agefi Hebdo du 20 février).  « Désormais, la filiale de Crédit Agricole, Sofinco, est notre partenaire dans le crédit à la consommation. Sa participation d’origine, de 15 % dans Wafabank, s’est traduite en une part de 49 % du capital de notre filiale spécialisée, Wafasalaf », explique celui qui se définit comme « un enfant d’Attijariwafa Bank ». Mohamed El Kettani a en effet débuté sa carrière en 1984 à la Banque Commerciale du Maroc (BCM) et a dirigé en 2004 le programme de fusion entre BCM et Wafabank qui a donné naissance au groupe dont il est PDG depuis 2007. « La fusion de ces deux banques universelles a permis de construire un leader au Maroc ainsi qu’en Tunisie, sur tous les segments de clientèle, avec des filiales spécialisées (assurances, prêts à la consommation, crédit logement) qui travaillent pour nos réseaux et des distributeurs externes) avec une palette complète de métiers (gestion d’actifs, 'corporate finance', etc.), détaille le PDG. Attijariwafa Bank constitue le premier groupe de bancassurance au Maroc, avec 41 % de part de marché dans le pays. » Partenariat avec Bank of China Ainsi, depuis trente ans, cet ingénieur diplômé de l’Ecole nationale supérieure des techniques avancées, à Paris, ne ménage pas sa peine pour construire une banque moderne, avec environ 3.000 agences et deux enseignes au Maroc (Attijariwafa et Wafa Cash, sa banque à bas coût), adaptée aux normes comptables internationales (IASB) et à la réglementation du Comité de Bâle (seuls le Maroc et l’Afrique du Sud appliquent Bâle 2 en Afrique). « L’Europe demeure un partenaire important pour le Maroc, représentant les deux tiers des activités d’exportation, rappelle le PDG d’Attijariwafa Bank. Notre groupe y est présent avec une licence de la Banque de France et un passeport européen. Nous employons plus de 400 personnes en France et disposons de 73 agences. Outre les services dédiés aux résidents marocains à l'étranger, nous misons sur le 'trade finance'. » AWB met de plus en plus l’accent sur l’accompagnement des entreprises à l’international, notamment avec une offre panafricaine destinée à des groupes non africains. « C’est ce qui a motivé notre partenariat industriel avec Bank of China, souligne Mohamed El Kettani. Chacun de nous offre une porte d’entrée à ses clients dans les pays où nous sommes présents. » La portée du protocole signé avec Qatar National Bank (QNB), présente dans 25 pays, va sans doute au-delà (L’Agefi Hebdo du 25 juillet 2013) : elle entre dans la perspective de l’alliance stratégique entre le Qatar et le Royaume du Maroc. « Depuis 2010, la SNI s'est transformée en une holding d'investissement, ce qui induit un désengagement progressif de ses participations matures. Dans ce cadre, elle pourrait réduire sa présence au capital du groupe de 10 % à 15 %, en concertation avec le top management de la banque, assure le PDG. Il n’y a pas d’urgence. » Si AWB sert les intérêts du royaume du Maroc en même temps que les siens, au profit de ses actionnaires (dont Santander à 5,3 %, son personnel à 5,1 % et de petits porteurs à 14,4 %), le fait est que son niveau de développement et ses ratios (lire le tableau) lui permettraient de prendre plus d’indépendance. 

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