Dossier Banques françaises à l'international

Un déploiement de l’Atlantique à l’Oural

le 27/03/2014 L'AGEFI Hebdo

Les groupes bancaires de l’Hexagone se sont recentrés sur l'Europe et font quelques pas vers l'Est.

Siège de Rosbank, filiale de Société Générale, à Moscou. Andrey Rudakov/Bloomberg

Bien sûr, les groupes bancaires français sont implantés sur tous les continents. Avec leurs banques de financement et d’investissement (BFI), au-delà de Paris, Londres, New York et autres grandes places boursières, leur présence s’étend à l’Asie – la seule partie du monde où leur produit net bancaire progresse en BFI (voir la carte). Certaines branches de gestion d’actifs y obtiennent aussi de belles performances. Pour d’autres métiers, « seul le groupe BNP Paribas peut annoncer dans son plan à moyen terme des ambitions en Asie », reconnaît Fabrice Asvazadourian,senior partner chez Roland Berger. Société Générale vient d’ailleurs d’y vendre sa banque privée. « Mais, à horizon 2020, on peut envisager un développement en Afrique en capitalisant sur des actifs existants », ajoute-t-il. Tous les groupes, dont BPCE – qui n’a que quelques participations minoritaires hors de l’Hexagone, outre la BFI de Natixis – affichent d’ailleurs des prétentions en Afrique sub-saharienne, sauf Crédit Agricole SA (CASA) qui s’en est retiré. Mais leur présence effective est ancrée au Maghreb. Finalement, il serait plus juste, dans une approche multimétier des groupes tricolores, de parler de dimension européenne. Si « le recentrage et la maîtrise de la gestion ont permis à leurs activités 'retail' à l’international de devenir contributrices à la croissance du résultat des groupes bancaires français », explique Fabrice Asvazadourian, ces groupes sont surtout implantés de l’Atlantique à l’Oural. Marchés « domestiques » En zone euro, les approches diffèrent. Chez CASA, qui a présenté ses perspectives le 20 mars, l’acronyme « BUPE » recouvre la banque universelle de proximité en Europe. Le projet du groupe, fin 2010, affichait l’ambition d’y devenir « leader » avec tous les métiers. Depuis le recentrage sur des activités « prioritaires », la banque verte a réduit son périmètre aux services spécialisés et à la BFI dans 11 pays européens. En 2013, elle a finalisé la sortie d’Emporiki en Grèce, vendu sa participation dans Bankinter en Espagne et lancé la cession d’entités nordiques de Crédit Agricole Consumer Finance. Ainsi, 33 % de ses encours de crédit à la consommation se trouvent en Italie, malgré une présence dans 20 pays européens. BNP Paribas considère l’Italie, la Belgique et le Luxembourg comme des « marchés domestiques », « toujours plus intégrés », tandis qu’il met un accent nouveau sur l’Allemagne dans son plan à moyen terme (lire la page 32). Sa stratégie retail se déploie à cette échelle. « BNP Paribas est la seule banque européenne à avoir lancé l’ensemble de ses initiatives innovantes dans les différents marchés domestiques », déclare François Villeroy de Galhau, directeur général délégué, à propos des paiements mobiles et de la banque digitale Hello Bank qui vise 1,4 million de clients dans quatre pays à fin 2016. Boursorama, dont Société Générale, actionnaire à 55,5 %, veut racheter les quelque 23 % détenus par des minoritaires, déploie aussi une banque en ligne au Royaume-Uni, en Allemagne, en Espagne et en France. Pour les entreprises, BNP Paribas a intégré ses activités de CIB et retail dans le dispositif « One Bank for Corporates » avec 134 centres d’affaires dans 24 pays en Europe. Depuis la crise de la zone euro, outre l’Espagne, l’Italie donne du fil à retordre à BNP Paribas et Crédit Agricole, qui y sont bien implantés. BNP Paribas mentionne une « adaptation continue du modèle pour résister à un contexte économique toujours difficile ». Cariparma (1,7 million de clients et 920 agences), filiale de CASA, enregistre une hausse du coût du risque. Et Agos Ducato, son entité locale de crédit à la consommation, a cédé 1,4 milliard d’euros de créances douteuses en 2013. « La seule solution pour les groupes présents en Italie est de gérer au mieux leurs activités », constate Fabrice Asvazadourian. Les acteurs en présence ne lui donneraient sans doute pas tort. Société Générale, qui livrera le 13 mai ses objectifs de développement à moyen terme, a également vu sa branche de crédit à la consommation souffrir en Italie, conduisant à une réduction de son bilan de 50 %. Son dispositif global dans la péninsule est en outre similaire à celui de l’Allemagne. Aujourd’hui, tous métiers confondus, c’est là que le groupe a la meilleure représentation européenne. Son troisième marché est l’Espagne, mais sans réseau. Le groupe rouge et noir y revendique une « proximité » de sa banque d’affaires avec les entreprises et des investissements qui lui ont épargné les problèmes de l’immobilier. Si, comme au Portugal, il n’y offre plus de crédit à la consommation, sa filiale de location longue durée, ALD Automotive, a gagné en janvier l’appel d’offres de BBVA pour fournir en marque blanche les services associés aux flottes automobiles financés par le groupe espagnol. Société Générale a aussi des filiales dans les pays scandinaves, mais met davantage l’accent dans sa communication sur ceux de l’Europe centrale et orientale (Peco, lire l’entretien). La rentabilité avant tout Les Peco constituent un terrain de développement pour les banques françaises depuis quelques années, mais les difficultés économiques et aujourd’hui géopolitiques peuvent modérer les ambitions. En Ukraine, où BNP Paribas et Crédit Agricole possèdent des réseaux restructurés en 2009, CASA revendique une place de numéro un sur le marché de l’agriculture avec 203 agences pour 492.000 clients. BNP Paribas, avec UkrSibbank, compte 500 agences et 6.700 postes (1.600 seront supprimés d'ici à 2015). « L’exposition directe des banques à l’Ukraine est très limitée », estime néanmoins Nikolaos Panigirtzoglou, analyste chez JPMorgan. Crédit Agricole, présent en Pologne avec 459 agences et 1,85 million de clients, ainsi qu’en Serbie (81 agences), a annoncé céder Crédit Agricole Bulgarie. BNP Paribas, qui continue de communiquer sur une stratégie de diversité des métiers et des géographies, connaît la plus forte augmentation de ses revenus en « Europe Méditerranée » (+6,9 % en 2013). Le groupe, qui ne prévoit ni nouveau retrait (après la cession de BNP Paribas Egypte l’an dernier) ni prochaine acquisition d’envergure, a acquis Bank BGZ pour un milliard d’euros fin 2013. « Une avancée majeure dans le cadre des efforts que nous déployons pour atteindre une taille critique en Pologne », selon Jean-Laurent Bonnafé, son directeur général. En Turquie, le groupe a renforcé son dispositif commercial en 2013 et entend poursuivre un développement centré sur la clientèle à potentiel, banque privée, mass affluent et entreprises, avec une « présence multimétier favorisant les ventes croisées », fondée sur 550  agences.  Après la réduction des expositions aux pays de la zone euro en difficulté, l’heure semble être pour les banques françaises au « recentrage » sur des métiers et des géographies déjà acquis en Europe. Crédit Mutuel prévoit cependant de « modifier l’équilibre en développant les activités à l’international », selon Alain Fradin, son directeur général (Agefi Hebdo du 13 mars 2014). « Aujourd’hui, la question qui se pose aux banques françaises est celle de la rentabilité, estime le senior partner de Roland Berger. A l’issue de la revue des actifs en Europe, les bons établissements ne seront plus pénalisés par les mauvais. Ils pourront alors saisir les occasions de se renforcer dans certains pays. »

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