Pour les banques d'investissement, l'attrait des marchés émergents s'est terni

le 26/12/2012

Les opérations de fusions-acquisitions ont reculé de 16% sur les marchés émergents en 2012 par rapport à 2011, alors qu'elles ont seulement diminué de 4% tous pays confondus.

Pour les banques d'investissement, l'attrait des marchés émergents s'est terni

Les marchés émergents vont-ils cesser d’offrir un relai de croissance salutaire aux banques d'investissement? Les dernières évolutions de l’activité dans les pays du sud semblent moins prometteuses pour les banquiers d’affaires qui doivent déjà faire face à un marché local en berne marqué par un environnement réglementaire plus contraignant. En 2012, les banques d'investissement ont vu leurs commissions diminuer de 24%. Pour elles, l'heure des choix stratégiques et des suppressions d'emplois a clairement  sonné. 

L'an passé, les commissions liées aux introductions en Bourse (IPO) ont été presque divisées par deux par rapport à l'année précédente, à 2,8 milliards de dollars, selon les données Thomson Reuters. Les opérations de fusions-acquisitions ont reculé de 16% sur les marchés émergents par rapport à 2011, alors qu'elles ont seulement diminué de 4% tous pays confondus. Facteur aggravant, les opérations n’ont plus la même ampleur. La plus importante IPO de l'année, réalisée par Santander au Mexique, n’a permis de lever que 4 milliards de dollars, bien loin des 22 milliards réunis en 2010 par Agricultural Bank of China et des 9 milliards mobilisés par Santander lors de son entrée à la Bourse de Sao Paulo en 2009.

Les marchés boursiers des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ont sans doute le plus souffert, enregistrant une baisse des opérations d'entrée en Bourse de plus de 60% cette année par rapport à 2011 et de 80% par rapport à 2007. Après avoir reculé de 25% en 2011, les bourses des BRICS ont encore enregistré de mauvaises performances cette année, pénalisées par un ralentissement de la croissance en Inde, en Chine ou encore au Brésil. La Chine, qui s'est engagée sur le chemin d'une libéralisation de son économie au cours des dix dernières années, a proposé les opérations les plus intéressantes, plus de 500 entreprises ayant tenté l'aventure boursière au cours de la décennie. «L'Asie a connu une série d'entrées sur le marché des entreprises publiques, mais il est peu probable qu'à l'avenir on puisse constater le même niveau d'activité» commente Maria Pinelli, de Ernst & Young.

Selon James Sproule, directeur des études sur les marchés de capitaux chez Accenture, cette nouvelle donne ne peut qu'inciter les établissements bancaires à revoir leur stratégie dans ces pays, où ils ont développé leur activité ces dernières années. Les chiffres sont édifiants. L'an passé, les banques occidentales ont réalisé plus de la moitié de leurs opérations de financement par appel public à l'épargne dans les pays émergents contre seulement 22% en 2005, rapporte James Sproule. Les IPO, qui apportaient aux banques 3 à 4% des capitaux levés par les entreprises, généraient leur principale source de revenu. Entre 2000 et 2007, leurs commissions ont été multipliées par six, pour dépasser 6,5 milliards de dollars.

Le changement de contexte est lourd de conséquences. Citigroup a ainsi annoncé la suppression de 11.000 emplois dans le monde et cessera ses activités en Turquie, en Uruguay ou encore en Roumanie. Ses concurrents Crédit agricole , HSBC et UBS ont également procédé à des dégraissages sur les marchés non stratégiques. Barclays devrait à son tour supprimer 15% des effectifs de sa branche banque d'investissement dans le monde, y compris dans ses activités de conseil en M&A pour la zone Asie-Pacifique. «Les banques doivent prendre des décisions stratégiques», commente James Sproule, qui s'attend à ce qu'elles soient à l'affût de nouveaux marchés. De leur côté les pays occidentaux, surtout européens, affichent de sombres perspectives économiques, des volumes liés aux IPO et aux M&A faibles et des valorisations boursières limitées. Seul espoir pour les banquiers, les marchés émergents ont peut-être atteint le creux de la vague. Le fait qu’ils aient été touchés à ce point par le ralentissement des économies développées est peut-être exceptionnel. En cas de rebond de la croissance mondiale, les entrées en Bourse dans les pays émergents pourraient reprendre avec plus de vigueur qu'ailleurs.

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