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Aux Etats-Unis, le cycle économique cherche un nouveau souffle

Aux Etats-Unis, le cycle économique cherche un nouveau souffle
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A quelques semaines de l'élection présidentielle de novembre, l'économie des Etats-Unis donne des signes de faiblesse, mais surprend par sa résilience. Pas question de parler de fin de cycle (débuté en 2009) ni donc de récession à un horizon prévisible pour la conjoncture d'outre-Atlantique, selon le sentiment majoritaire chez les économistes. Les craintes de contraction exprimées en début d’année 2016 se sont estompées. Sans être mirifiques, les indicateurs avancés et les PMI, ne signalent pas d’effondrement prochain. Les ISM, en baisse, ne semblent pas corroborer les commentaires qualitatifs des entreprises. Toutefois, une batterie d’indicateurs avancés suivie par les économistes comme l’indice LEI (leading economic indicators), l’évolution des taxes sur les salaires ou plus simplement l’investissement en capital fixe des entreprises, donnent des résultats mitigés et ne débouchent ni sur une tendance franche ni sur un constat définitif.

« Historiquement, ce sont les composantes cycliques liées aux ménages, donc à leur consommation qui est en général à l’origine des récessions. Or ces composantes cycliques ne se sont pas encore retournées », expliquent les économistes de Lazard Frères. « Nous allons vers une croissance nominale de 5 % en 2017, précise Thomas Julien. 2,3 % pour le PIB réel, un niveau supérieur  au potentiel de croissance de 1,75 % et 2,5 % d’inflation, un chiffre au-dessus de la cible de hausse des prix de la Fed. » La croissance de l’activité est et restera modeste, conclut le dernier Beige book de la Fed.

Les Etats-Unis comme d’autres pays développés avant eux ont contracté le virus de la croissance molle : ralentissement démographique, baisse de la productivité, insuffisance de l’investissement. Les projections du PIB pour les dix ans à venir du CBO (Congressional Budget Office) sont sans ambiguïté : la croissance moyenne annuelle du PIB était de 3,2 % au cours des 25 années précédant la crise de 2007-2009, elle sera de 2 % au cours des dix ans à venir, indique le bureau d’analyse du Congrès. A cela deux raisons : une croissance moindre de la population en âge de travailler (fin du baby-boom et fin de l’intégration des femmes au marché du travail) et une baisse de la productivité du travail (0,6 % par an depuis 2011 contre une tendance de long terme de 2,25 % – chiffre SG CAR).

Du côté de l’investissement, les appels à un soutien par la politique budgétaire font florès. L’idée est de substituer l’investissement public à un investissement privé défaillant. Toutefois les économistes n’ont pas d’illusion sur les programmes économiques présentés par les deux principaux candidats à l’élection présidentielle du 8 novembre, Hilary Clinton et Donald Trump qui ont en commun de vouloir stimuler les dépenses d’infrastructures. Le candidat républicain (qui a aussi promis d’importantes baisses d’impôts) n’a fourni aucun chiffrage de sa proposition quand la candidate démocrate envisage 275 milliards de dollars de dépenses d’infrastructures sur cinq ans. Une goutte d’eau. « Cela correspond à 0,3 point de PIB », explique Thomas Julien : « Les besoins en infrastructures sont estimés à 1.000 milliards de dollars et le Highway trust fund qui finançait ce genre de dépenses est tombé en décrépitude.» Pourtant, « plusieurs responsables de la Fed ont signalé aux membres du Congrès les limites de la politique monétaire, précisant que des perspectives économiques se détériorant nécessiteraient plus de dépenses publiques, indique dans une note Stephen Gallagher, économiste de Société Générale CIB. Sur la base d’un scenario de ralentissement manifeste de l’activité vers la fin 2018, un stimulus budgétaire pourrait mis en œuvre début 2018 ».