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Le scandale des indices de référence

Le scandale des indices de référence

Déjà troublée depuis la crise des "subprime", l'image des banques a été de nouveau gravement ternie en juin 2012 avec l'éclatement du scandale du Libor (London Interbank Offered Rate). Le taux interbancaire offert à Londres, qui sert de référence pour environ 360.000 milliards de dollars de contrats à travers le monde, a été manipulé pendant plusieurs années par certaines des banques chargées d'en assurer le calcul. Conséquence, les taux de référence dans  leur ensemble, y compris l'euribor, suscite le doute. Avec pour conséquence, des interrogations sur la valorisation des actifs fondée sur ces indices.

Parmi elle, Barclays figure en toute première ligne, et a déjà écopé d'une forte amende (290 millions de livres). D'autres comme RBS, Lloyds Banking Group, HSBC, Deutsche bank, Credit Suisse, UBS, JP Morgan ou encore Citigroup ont fait part de litiges potentiels. Au total plus de 15 établissements seraient concernés. 

Le groupe britannique a perdu coup sur coup son directeur général, Bob Diamond, et son responsable des opérations, Jerry del Missier. Les régulateurs reprochent à Barclays, d'une part,  d'avoir manipulé les taux interbancaires pour gagner de l'argent purement et simplement, et d'autre part d'avoir sous-estimé son taux d’emprunt afin de montrer qu’elle n’avait pas de problèmes de financement au plus fort de la crise. 

Début décembre 2013, Bruxelles a sévi à son tour en infligeant à huit grandes banques dont la Société Générale une amende globale record de 1,7 milliard d'euros pour manipulation des dérivés de taux d'intérêt en yens et en euros à travers les benchmarks Euribor et Libor. La banque française a été condamnée à payer 445,8 millions pour son implication dans le volet euro de l'affaire. 

Outre les amendes et les limogeages, l'initiative est aux régulateurs. En Europe, Bruxelles se préparait, durant l'été 2012, à durcir la révision de la directive sur les abus de marché afin d’étendre notamment les sanctions pénales aux manipulations d’indices à l'instar du Libor ou de l’Euribor. Le fonctionnement du marché interbancaire devrait sortir transformé de cet épisode. Le FSB a avancé ses recommandations sur les régles du jeu des changes fin septembre 2014. 

Les conséquences sont également pénales. L'office britannique de lutte contre la délinquance financière (Serious Fraud Office) envisageait durant l'été 2012 d’engager des poursuites criminelles contre les banquiers qui se sont livrés aux manipulations de ces taux interbancaires. Aux Etats-Unis, selon la presse, la justice fédérale projettait d'attaquer des banques impliquées dans le scandale. 

Au-delà de la culpabilité d’un certain nombre de traders, ce sont les procédures de contrôle des banques qui sont pointées du doigt. Particulièrement concernée par les scandales à répétition, la City échappera difficilement à un débat en profondeur sur la nécessité de renouveler une culture bancaire que le durcissement réglementaire, provoqué par la crise des "subprimes", ne semble pas avoir rendu beaucoup plus vertueuse. 

Sur le front de l’Euribor, les autorités européennes des marchés et des banques (Esma et EBA) ont invité, début 2013, l'Euribor-EBF, rattaché à la Fédération bancaire européenne, à revoir la façon dont était élaboré et supervisé l'Euribor.