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Brexit à Halloween ? Disons plutôt aux calendes grecques !

le 12/04/2019

Philippe Mudry

Il est, comme l’écrivait Léon Blum après Munich, de « lâches soulagements ». Soyons sûrs qu’à Bruxelles, bien des leaders européens ont dû les ressentir après le compromis renvoyant le Brexit au 31 octobre. Voici qu’on parle déjà de « Brexit à Halloween ». Craignons plutôt que ce nouveau report n’en annonce d’autres qui nous renvoient à Pâques ou à la Trinité.

Autant le premier report européen, au 12 avril ou au 22 mai selon les scénarios politiques, était assorti de conditions strictes, autant la rallonge de six mois obtenue mercredi en est dépourvue. Madame May est venue à Bruxelles sans projet alternatif clair et crédible justifiant un geste de ses partenaires ; elle n’était pas forte non plus d’un consensus trans-partisan quelconque laisser présager un accord politique outre-Manche.

La réalité est que Mme May s’en est retournée à Londres pour affronter un Parlement toujours hostile, et renouer un dialogue avec les travaillistes au point mort. C’est donc sur le fondement de leur seule peur d’un « Brexit sans accord » instantané, et de ses conséquences potentiellement très dommageables pour l’Irlande, que les 27 se sont résolus à ce geste sans contrepartie.

Sans contrepartie sérieuse s’entend, puisque le point d’étape demandé et obtenu par Emmanuel Macron pour juin n’aura aucun caractère contraignant. Mercredi soir, les 27 ont perdu beaucoup plus qu’ils ne le disent. Pour la première fois, ils n’ont été unis que de façade, laissant à la partie britannique un levier de chantage au « no deal » plus puissant que jamais.

Mme May, sans doute sincère, hésitera peut-être à s’en servir pour troubler le fonctionnement des institutions de l’Union, comme elle s’y est engagée. Mais sera-ce avec ce Premier ministre démonétisé, ou avec son successeur, qui finira bien par arriver, qu’il faudra négocier ? Or celui-ci n’aura sûrement pas de ces pudeurs, surtout s’il s’agit d’un eurosceptique aussi retors que Boris Johnson.

Après Munich, Winston Churchill jugeait que pour avoir choisi le déshonneur pour éviter la guerre, les signataires de l’infâmant accord vaudraient à l’Europe l’un et l’autre. Mercredi, le choix des 27 de la reculade plutôt que d’un Brexit dur pourrait finalement les contraindre, pour sortir de l’impasse, à se résoudre au saut final d’une falaise plus haute encore qu’aujourd’hui, avec pour conséquence une profonde crise interne en prime.

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