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La contrainte budgétaire de l’Etat, mauvais génie de la privatisation d’ADP

le 08/04/2019

Olivier Pinaud

Aéroports de Paris voit loin. Le gestionnaire des aéroports de Roissy et d’Orly a dévoilé vendredi une feuille de route à l’horizon 2025 que bon nombre d’entreprises seraient incapables de fournir.

Croissance du chiffre d’affaires et du résultat opérationnel, calendrier des investissements et prévision du coût moyen du capital. Tout est chiffré, faisant d’ADP un OVNI dans un marché perclus d’incertitudes.

Voilà une aubaine pour les opposants à la privatisation : pourquoi l’Etat français, aujourd’hui propriétaire de 51% du capital, souhaite-t-il céder la propriété d’un actif qui offre une telle et qui a assez peu de risque de se faire dépasser par la concurrence ? Roissy restera la porte d’entrée privilégiée pour les dizaines de millions de touristes qui visitent et continueront à visiter la France dans les prochaines années.

Difficile également de penser que la présence de l’Etat au capital est un frein pour ADP. L’actionnariat public n’a pas empêché l’ancien bureau du ministère de l’aviation civile de devenir le premier opérateur mondial d’aéroports, devant des groupes privés. L’actionnariat public n’a pas non plus empêché ADP de remporter la gestion d’aéroports hors de France, preuve d’un savoir-faire reconnu.

Alors pourquoi vendre aujourd’hui ? Pour justifier cette privatisation, le Premier ministre répète que la gestion d’ADP est largement perfectible. Bien accueilli par le marché, le plan à 2025 donne pourtant du crédit à la gestion d’ADP. Un opérateur privé ou un fonds de pension serait-il d’ailleurs en mesure de gérer dans de meilleures conditions un actif aussi central pour l’économie d’un pays ?

La principale motivation à la privatisation est bien à chercher du côté des finances publiques. En vendant ses 51%, l’Etat récupérerait d’un coup 9 milliards d’euros. Une aubaine pour son désendettement. Le gouvernement armerait ainsi facilement le fonds pour l’innovation de rupture qu’il souhaite lancer grâce aux recettes de privatisation.

En cédant ADP, l’Etat est ainsi prêt à échanger une rente contre des promesses d’innovation par nature incertaines. Au-delà du caractère stratégique d’ADP, l’arbitrage financier se discute.

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