La chronique de l'actualité

Les « gilets jaunes » vont donner un coup de frein à la croissance

le 11/12/2018

Philippe Mudry

L’équation économique de la France était déjà difficile à résoudre avant le mouvement des « gilets jaunes » ; après, elle promet d’être carrément impossible.

Dans sa deuxième estimation de la croissance au dernier trimestre, la Banque de France a chaussé les lunettes grises : après avoir sondé les chefs d’entreprises, elle ne retient qu’un rythme de hausse du PIB divisé par deux, à 0,2 point contre 0,4 prévu jusqu’ici. Cela signifie que l’activité restera sur le même bas plateau qui celui qu’elle connaît depuis le printemps, après le trou d’air de l’hiver passé.

Pour l’instant, le gouvernement est plus prudent, en ne prévoyant qu’une baisse de 0,1 point. Plus prudent car aussi plus politique : Bruno Le Maire exclut ainsi pour l’instant d’inscrire ce ralentissement annoncé dans les chiffres officiels, avec une hausse attendue de l’activité sur l’année toujours fixée à 1,7%.

L’institut de conjoncture Rexecode remarque qu’il faut du temps pour que les effets de tels événements soient pleinement ressentis.

Parce qu’ils perturbent « les activités de distribution en premier lieu » et parce qu’ils peuvent « influencer la perception de l’étranger vis-à-vis de la France ».

Et d’ajouter : « le mouvement social actuel ressemble, toutes proportions gardées, aux suites économiques de vagues d’attentats ou de heurts violents ».

Cette partie de poker menteur autour de la croissance n’aurait qu’une importance anecdotique, compte tenu du fait que l’année 2018 est déjà quasiment terminée, si elle ne commandait pas les prévisions budgétaires de fin 2018 et 2019.

Les rentrées fiscales seront forcément moins importantes tandis qu’à l’inverse, des mesures conjoncturelles destinées à faire droit aux revendications des manifestations auront un impact sur la dépense publique.

Voilà qui n’arrangera pas le débat budgétaire difficile avec Bruxelles. On voit mal en effet comment Paris pourra réviser notablement sa trajectoire en ce domaine au moment précis où Rome se voit, pour la même raison, imposer les fourches caudines de la Commission.   

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