La chronique de l'actualité

Le talon d’Achille de la botte italienne est dans ses banques

le 09/11/2018

Philippe Mudry

La Commission de Bruxelles vient de confirmer que la reprise, loin de s’affirmer en Europe, demeure anémique, tout particulièrement s’agissant de l’Italie.

En pleine bagarre avec ses partenaires sur son budget, Rome ne doit pas négliger ce nouvel avertissement, d’autant qu’au risque de financement de l’Etat s’ajoute celui des banques italiennes, aux conséquences bien plus rapides et redoutables.

La Commission juge que l’Italie ne peut espérer plus de 1,2% de croissance en 2019 et 1,3% en 2020, soit 0,3 et 0,5 point de moins respectivement que ce que le gouvernement italien prévoit.

Les conséquences en termes de finances publiques sont plus nettes : les déficits 2019 puis 2020 sont estimés à 2,4% puis 2,1% à Rome, mais à 2,9% puis 3,1% à Bruxelles.

Quant au ratio dette sur PIB, il diverge plus profondément encore, de 1 point de PIB l’an prochain et de 3 en 2020 !

On ne s’étonne pas que les taux à 10 ans italiens aient décalé de 9 points de base sur la nouvelle, avec un spread contre Bund à nouveau tout près des 300 points de base.

Le Trésor italien va sentir passer l’addition dans ses coûts de refinancement. Rappelons qu’en tout, il devra lever l’équivalent de quelque 20 points de PIB sur les marchés l’an prochain.

Là n’est cependant pas le plus périlleux. Les agences de notation ne manqueront pas, en cas d’obstination italienne, d’en tirer les conclusions, au risque de déclencher une crise de confiance des prêteurs dont dépendent aussi vitalement les banques italiennes.

Et ce au pire moment, puisque celles-ci se préparent à rembourser pas moins de 250 milliards d’euros à la BCE en 2020 et 2021 au titre de la fin des programmes de TLTRO.

Certes, la BCE fera sans doute appel à ces fonds avec doigté. Mais Rome ne peut en aucune façon alimenter un doute chez les investisseurs qui pourrait aggraver pour les banques le risque de solvabilité, de liquidité ou les deux !

La vérité est que les souverainistes italiens n’ont pas besoin de moins, mais de plus d’Europe, en l’occurrence d’un bouclage urgent de l’Union bancaire !

Tel est leur drame, et il ne tient qu’à eux de ne pas le muer, par leur aveuglement, en tragédie pour leurs concitoyens.

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