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Carrefour se risque au choc des cultures

le 17/09/2018

Olivier Pinaud

Un an après son arrivée à la tête de Carrefour, Alexandre Bompard vient de prendre la décision la plus forte de son mandat : nommer un non spécialiste de la distribution à la tête des hypermarchés français.

Arrivée il y a un an, dans la foulée du nouveau PDG, pour s’occuper de la transformation digitale de Carrefour, Marie Cheval a fait toute sa carrière dans la banque, chez Boursorama, à la Société Générale ou à la Banque postale.

Cette première année aux côtés d’Alexandre Bompard lui a permis de se familiariser au métier de distributeur. Mais son profil détonne, dans un secteur où prime l’expérience du terrain, que ce soient auprès des clients, des directeurs de magasins et des fournisseurs. Alain Rabec, le prédécesseur de Marie Cheval, avait plus de 30 ans de maison et connaissait tous les rayons du métier de distributeur.

Plus qu’un simple changement de poste, cette nomination ressemble donc à une révolution pour Carrefour et illustre l’ampleur des difficultés auxquels sont confrontés le groupe et ses concurrents. La concurrence des sites de commerce en ligne vient évidemment à l’esprit. Mais le mal est plus profond : le format actuel des hypermarchés correspond moins aux besoins d’une partie des consommateurs. D’où l’idée d’Alexandre Bompard d’aller chercher un profil atypique, tenter autre chose, pour trouver un nouveau modèle, certainement moins focalisé sur le commerce physique.

Audacieux, ce choix n’est pas sans risque. Une évolution trop brusque du modèle ne manquerait pas de perturber un peu plus un consommateur qui a déjà montré ces dernières années sa capacité à papillonner d’une enseigne à une autre. Mais le danger le plus fort se trouve surement en interne, avec une question : les mesures prônées par Marie Cheval seront-elles compatibles avec la réalité du terrain ?

Marie Cheval a en tout cas peu de marge d’erreur. Les hypermarchés français de Carrefour sont le cœur nucléaire du groupe : ils font à eux seuls un quart du chiffre d’affaires. L’échec de leur relance emporterait avec lui l’ensemble de la stratégie du changement poussée par Alexandre Bompard.

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