Les confinements font craindre une nouvelle récession

le 22/10/2020 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La multiplication des mesures de restriction partout en Europe risque de provoquer une contraction du PIB au quatrième trimestre. Les marchés s’inquiètent.

La place Vendôme à Paris, déserte pendant le confinement.
La place Vendôme à Paris, déserte pendant le confinement.
(Crédit European Union)

Dans sa dernière note de conjoncture, l’Insee avait prévenu que l’activité économique pourrait marquer le pas en fin d’année sous l’effet de la résurgence de l’épidémie. Avec le couvre-feu imposé dans huit métropoles française et la région parisienne, en attendant d'autres zones, ce risque devient réalité. La reprise était déjà moins vigoureuse depuis septembre avec les craintes de deuxième vague. Après un premier et un deuxième trimestre de contraction, puis un net rebond mécanique au troisième, le quatrième risque d’être à nouveau en baisse en France et en Europe.

L’Hexagone n’est pas le seul à avoir pris de nouvelles mesures restrictives. Tout un quartier de Madrid a été confiné en Espagne, le Royaume-Uni expérimente les confinements localisés depuis plusieurs semaines tandis qu’en Italie il est de nouveau question de reconfinement. Les Pays-Bas et la Belgique ne font pas exception. Mais c’est l’Irlande qui vient de prendre les mesures les plus sévères en imposant à sa population un confinement de six semaines. Autant de restrictions de mobilité qui auront un impact sur l’activité.

Révision à la baisse
des prévisions

Pour Arend Kapteyn, économiste chez UBS, une hausse des restrictions est le plus gros risque pour les perspectives de croissance. Il souligne que les gouvernements privilégient pour l’heure des confinements localisés et semblent vouloir éviter le schéma du printemps dernier. De fait, de l’ampleur des restrictions, plus ou moins sévères, dépendra l’impact économique. Selon ses calculs, des confinements larges, même de quelques semaines pourraient entraîner une contraction de l’économie au quatrième trimestre. Les économistes de JPMorgan ont commencé à revoir en baisse leurs prévisions pour cette période en Europe. Ainsi, ils anticipent désormais une chute de 7,5% du PIB au quatrième trimestre (en rythme annualisé) au lieu d’une hausse de 3,3% précédemment en République tchèque, qui est selon eux à l’avant-garde de la deuxième vague de contamination en Europe. Prague vient de fermer les écoles et les restaurants le soir et pourrait prendre des mesures encore plus strictes si les hospitalisations augmentent.

«Nous sommes inquiets de la hausse continue des cas de Covid-19 dans le monde, particulièrement en Europe. Les indices de mobilité sont en baisse et des restrictions sont imposées dans la région, ce qui nous force à revoir en baisse nos projections pour les pays les plus touchés, à savoir le Royaume-Uni, la France et l’Espagne», indique JPMorgan. La banque américaine prévoit un PIB stable au quatrième trimestre par rapport au troisième pour la France et l’Espagne.

Scruter les indices PMI flash 

Une prévision qui semble optimiste. Euler Hermès anticipe une contraction de 1,3% en Espagne (en rythme trimestriel), de 1,1% en France et de 1% aux Pays-Bas. «Alors que les des restrictions sont de nouveau imposées, nous voyons les grandes économies européennes se contracter de nouveau au quatrième trimestre», affirme, dans une étude, Georges Dib, économiste chez l’assureur crédit. Ce dernier constate néanmoins une différence entre les pays les plus performants (Allemagne, Finlande) et ceux qui ont perdu le contrôle de la pandémie avec le déconfinement (France, Espagne et Pays-Bas). «Nous anticipons un risque élevé de récession en double creux dans les pays qui ont de nouveau recours à des confinements locaux et ciblés», juge l’économiste. Avec une corrélation forte entre risque sanitaire et activité : plus la progression des cas et des hospitalisations sera élevée, plus la récession sera marquée. Les indices PMI flash pour l’Europe, publiés demain, permettront de jauger les premiers impacts des nouvelles mesures sur le sentiment des entreprises.

Sur les marchés, les investisseurs commencent à prendre de plus en plus au sérieux ce risque. Les places boursières européennes ont enregistré une troisième baisse consécutive hier. A l’aune de ce risque, l’insistance des banquiers centraux auprès des gouvernements pour maintenir les soutiens budgétaires se comprend mieux.

Sur le même sujet

A lire aussi