La Chine va intensifier son soutien budgétaire

le 22/05/2020 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La réunion du Congrès populaire national (NPC), qui débute ce vendredi, devrait officialiser un stimulus supplémentaire dans un contexte économique dégradé.

Habituellement organisé en mars, le NPC a été reporté à cause de l’épidémie de Covid-19.
Habituellement organisé en mars, le congrès national du Parti communiste chinois a été repoussé à cause de l’épidémie de Covid-19.
(Bloomberg)

La vie économique mais aussi politique reprend en Chine. Ce vendredi, s'ouvre le Congrès national du peuple (NPC). Cette sorte d’assemblée nationale se réunit une fois par an lors de la deuxième quinzaine de mars (pendant dix jours) pour fixer les objectifs politiques de l’année, mais elle a dû être reportée de deux mois pour cause d’épidémie de Covid-19.

«Nous attendons de ce NPC qu’il trace une ligne claire de la politique d’assouplissement budgétaire pour le reste de l’année», souligne Tao Wang, économiste chez UBS. Même si le report de cette réunion n’a pas empêché Pékin de la mettre en place et de communiquer sa position accommodante jusqu’à présent, il reste des questions en suspens.

Trois thèmes clés, dans le contexte inédit de la crise du coronavirus pour la croissance mondiale, devraient être particulièrement suivis par les marchés. «Premièrement, l’objectif de croissance. Deuxièmement, celui du déficit public et des modes de financement. Et troisièmement, les détails du plan de soutien à l’économie, qui est très attendu», note Ting Lu, économiste chez Nomura.

Un nouvel objectif de croissance

La Chine devrait, sans surprise, revoir en forte baisse sa prévision de croissance cette année, avec pour conséquence qu’elle n’atteigne pas l’objectif d’un doublement de son PIB au cours de la décennie 2010-2020. Celui a été rendu hors de portée par la chute de 6,8% du PIB au premier trimestre et la forte baisse de la demande externe au deuxième.

Plusieurs options sont sur la table : donner un objectif de croissance pour l’ensemble de l’année, de l’ordre de 3%, voire plus faible, ou plus probablement communiquer sur la croissance au second semestre (5%-6% selon Nomura). Le gouvernement pourrait aussi fixer un objectif sur deux ans (2020-2021 de 5%-6%) ou de surperformance par rapport à la croissance mondiale (5-6 points de pourcentage), ou encore des objectifs davantage ciblés, comme des hausses de dépenses publiques, de crédit bancaire ou de revenus des ménages.

Pékin pourrait aussi être tenté de ne pas formuler d'objectif concernant cette année, même s’il en faudra un, implicite, pour ses hypothèses de déficit public.

«L’objectif de croissance, ou son absence, fournira le signal le plus tangible de l’orientation politique globale, qui ne devrait pas être bien différente des indications précédentes du gouvernement», note Wei Yao, économiste chez SG CIB. Avec une volonté d’intensifier le soutien, mais pas à n’importe quel prix, alors que le pays reste vulnérable au choc externe sur la demande et au risque d’une deuxième vague épidémique.

«Le stimulus budgétaire, de 1,9 point de PIB supplémentaire pour l’instant – essentiellement des annulations de taxes et de charges pour les entreprises –, ​paraît faible par rapport aux 10% de PIB engagés lors de la crise financière, ce qui est sans doute dû au report du NPC», affirme-t-on chez UBS, où l'on s’attend à un effort de 2 points supplémentaires. Il devrait atteindre 3,5%-4% (2,8% en 2019). Mais le déficit global devrait être bien plus large, à 13% selon Nomura, soit 6 points de plus que l’an dernier. Les crédits devraient être alloués différemment : moins pour l’immobilier et l’achat de biens durables et plus pour le soutien des entreprises et des ménages.

Investir en infrastructures

«Nous attendons que le NPC détaille les mesures de ce plan et notamment les baisses de taxes aux entreprises, les incitations aux ménages pour consommer et les aides financières pour les chômeurs et les personnes à bas revenus», indique Wei Yao.

Ce plan de soutien devrait également consacrer une partie importante au financement d’infrastructures «anciennes» (transports, eau, santé, rénovations urbaines mais également sécurité alimentaire et des chaînes d’approvisionnement) et «nouvelles» (5G, développement de centres de données… qui sont moins importantes en taille mais stratégiques au moment où de nombreux pays s’interrogent sur leur dépendance à l'égard de la Chine).

Ces dépenses publiques et ces investissements devraient être financés par une hausse des quotas d’émissions d’obligations gouvernementales (CGB, utilisées seulement à deux reprises en 1998 et 2007) de 2.000 milliards de yuans (le marché attend entre 1.000 et 5.000 milliards) et d’obligations locales (LGB) pour 3.500 milliards (dont 2.300 milliards ont déjà été émises). Ce qui est largement suffisant, selon SG CIB, pour soutenir la hausse de 10% des investissements en infrastructures. Des émissions massives qui devront être soutenues par une politique monétaire toujours accommodante (injections de liquidités, baisse du RRR…) pour maintenir les taux bas, indique Nomura.

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