L’Eurogroupe tourne au bras de fer stérile

le 08/04/2020 L'AGEFI Quotidien / Edition de 14H

Mario Centeno, président de l'Eurogroupe, vidéoconférence du 7 avril 2020
(Crédit European Union)

Malgré 16 heures d’une vidéoconférence qui a duré jusqu’à ce matin, les ministres des Finances de la zone euro ne sont pas parvenus à s’accorder sur une réponse commune aux conséquences économiques de la crise sanitaire. Le débat a au contraire tourné au combat singulier entre Roberto Gualtieri, le ministre des Finances italien, et son homologue néerlandais, Wopke Hoekstra.

Les deux hommes ont refusé tout compromis sur deux points: la conditionnalité de la mise en place du Mécanisme européen de stabilité (MES) et le recours à la mutualisation de la dette pour faire face à la crise.

L’Italie a ainsi refusé toute condition à l’ouverture de lignes de crédit du MES, fonds de sauvetage permanent de la zone euro, doté de de 410 milliards d’euros disponibles, soit 3,4% du PIB européen. Les Pays-Bas se sont au contraire arc-boutés sur l’approche en deux temps qu’ils préconisent : octroyer des prêts sans condition, puis imposer des réformes structurelles une fois la crise passée.

Chiffon rouge

Les deux ministres se sont aussi déchirés sur la forme du plan de relance de la zone euro sur le long terme, l’Italie faisant de la mention de la mutualisation de la dette une condition sine qua non de son soutien à la déclaration de l’Eurogroupe alors que cette idée est un chiffon rouge pour les Pays-Bas, l’Autriche, la Finlande ou l’Allemagne.

Cette dernière, représentée par le social-démocrate Olaf Scholz, a toutefois su trouver un compromis avec les pays prônant la mise en place des ‘eurobonds’. Selon une source proche des négociations, l’Allemagne était ainsi prête à ce que l’Eurogroupe fasse mention de la proposition française d’un fonds ad hoc abondé par les Etats membres qui seraient solidaires dans l’émission et le remboursement d’obligations dont les liquidités seraient attribuées aux Etats les plus affectés. 

La mention de ce fonds parmi d’autres possibilités aurait renvoyé la décision de l’architecture du plan de relance aux dirigeants des Etats membres et permis de valider les trois mesures d’urgence destinées à mobiliser plus de 500 milliards d’euros.

Outre le MES, qui pourrait prêter 240 milliards, les ministres sont ainsi d’accord pour porter à 240 milliards d’euros la capacité de financement des PME européennes de la Banque européenne d’investissement en se fondant sur un fonds de garantie paneuropéen de 25 milliards d'euros, qui serait soutenu par des contre-garanties des États membres.

Le couple franco-allemand, uni mais dépassé

Les Etats membres ont aussi un accord de principe sur le nouvel instrument proposé par la Commission européenne (CE) la semaine dernière. Baptisé «SURE», il cible le soutien de l’emploi. Concrètement, la CE entend emprunter jusqu’à 100 milliards d’euros pour refinancer les aides nationales au chômage partiel, en se fondant là aussi sur des garanties nationales de 25 milliards d’euros. 

Les Etats du Nord du continent demeurent toutefois méfiants et souhaitent obtenir des garanties sur le caractère temporaire de l’instrument. Ils auront l’occasion de faire entendre leur voix plus tard, SURE étant une initiative législative concernant les 27 et nécessitant un accord formel du Conseil.

Les anicroches sur le MES et les eurobonds privent pour l’instant l’Eurogroupe d’avancées sur ces mesures tout aussi urgentes et plus consensuelles. Au coeur des débats interminables, la France et l’Allemagne sont apparues unies dans leur volonté d’avancer vite, mais dépassées par les éléments les plus radicaux des deux blocs d’Etats auxquels elles appartiennent. 

Les discussions reprendront demain jeudi à 17h.

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