Les marchés financiers vivent un krach généralisé

le 10/03/2020 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La chute du baril de pétrole a soufflé un vent de panique sur des marchés déjà éprouvés par le coronavirus, dans l’espoir d’interventions monétaires et budgétaires.

Wall Street, le premier à avoir mis en place des « coupe-circuits » en 1987, a également suspendu le S&P500 à l’ouverture ce lundi.
Wall Street, le premier à avoir mis en place des « coupe-circuits » en 1987, a également suspendu le S&P500 à l’ouverture ce lundi.
(Bloomberg)

Lundi noir pour les marchés mondiaux. La chute des prix du de pétrole a fait souffler un vent de panique. «Ce qui est inquiétant est la combinaison des craintes sanitaires et économiques suscitées par le coronavirus et la chute des prix du pétrole», souligne Hubert Lemoine, responsable de la gestion chez Schelcher Prince Gestion. Le marché était déjà inquiet de l’évolution d’un choc d’offre vers un choc de demande en raison de la diffusion large du coronavirus : «L’Arabie saoudite a ajouté un choc supplémentaire à un moment où la demande de pétrole risque de diminuer», poursuit ce gérant. Le premier producteur mondial de pétrole a décidé d’augmenter sa production après l’absence d’accord avec la Russie. Résultat, le prix du baril de pétrole perdait 24% à 34,30 dollars pour le Brent, non loin de ses points bas de début 2016, entrainant tous les marchés, actions et crédit, notamment le compartiment high yield américain qui comporte une part importante d’entreprises pétrolières. «La chute des prix du pétrole change la donne pour le marché ‘high yield’ américain et par ricochet le marché ‘high yield’ euro, constate Eric Bertrand, directeur adjoint de gestions chez OFI AM. Ce d’autant que la liquidité sur ce marché n’est pas brillante.» Certains ETF high yield euro étaient proposés avec un prix 2 à 3 points sous la NAV (valeur d'actifs nette) théorique du fonds, indique un gérant.

Les taux ont poursuivi leur chute. Ils donnent «une bonne idée de ce que pensent les investisseurs sur ce qu’annonceront les banques centrales, indique Eric Bertrand. Ces derniers jours, le taux à 10 ans américain a chuté de 110 points de base (pb), les marchés anticipent 100 pb supplémentaires de baisse de la Fed. Le Bund a baissé de 40 pb et les investisseurs attendent une baisse de 20 pb» de la BCE. C'est loin d’être acquis, selon le gérant pour qui les banques centrales font moins face à un problème de taux (en Europe) que de financement. La BCE devrait donc plutôt privilégier un TLTRO ciblé et une augmentation des achats d'actifs (quantitative easing).

«Le marché ne pourra se stabiliser qu’à condition d’une intervention forte des politiques monétaire et budgétaire», affirme Marie-Aude Laurent, gérante allocation d’actifs chez Edram, mais «il y a un risque important de déception». «La Fed, et encore moins la BCE, ont peu de marge pour baisser davantage leurs taux alors que l’efficacité de ce type de mesure face à un choc externe comme celui du coronavirus est très discutable», souligne Didier Saint-Georges membre du comité d’investissement stratégique de Carmignac. En matière budgétaire, l’Europe a du mal à se mettre d’accord tandis qu’aux Etats-Unis, le déficit public est élevé. Même en cas d'intervention, Hubert Lemoine craint un rebond éphémère : «Beaucoup d’opérateurs avec des leviers importants (2 à 7 fois pour certains ‘hedge funds’) accusent des pertes importantes. La correction les oblige à diminuer massivement le risque de leur portefeuille et leur levier. Avant que ces intervenants reprennent du levier et du risque sur le marché, il faudra une réelle accalmie.»

Or, la durée et les conséquences de l’épidémie sont inconnues, la chute du pétrole complique la situation et la récession menace. «C’est ce que craint le marché, donc il se peut qu’il baisse encore», indique Eric Bertrand qui voit deux scénarios : une anticipation de récession durable ou un tassement de l’épidémie en Chine et une reprise de l’activité avec un rebond des marchés aidés par les banques centrales et un pétrole bas. «Nous pensons que les niveaux atteints offrent des opportunités même si la volatilité va durer», ajoute le gérant. Didier Saint-Georges, lui, ne veut pas prendre de risque car le scénario d’une récession, qu’il juge plausible, n’est pas compatible avec les niveaux d’endettement privé et public actuels. «Les banques centrales ont réussi, depuis dix ans, à remettre à plus tard le risque de récession, poursuit le gérant de Carmignac. Avec pour corollaire une hausse du taux d’endettement qui pose un problème potentiel de solvabilité.»

Lundi noir = coupe-circuits

Certaines cotations d’indices ont pris du retard lundi matin, comme le MIB FTSE en Italie ou le CAC 40 en France, dont le cours n’est apparu qu’à 9h17. D’après le règlement d’Euronext, si à l’ouverture des marchés, 80% de la valeur des actions de l’indice n’ont pas été échangés ou sont touchés par des décalages de plus de 8%, le cours affiché est indicatif (sur la base du dernier cours des actions en pré-ouverture). Celle-ci suspend les cours au-delà de 8% pour une durée de 3 minutes la première fois, puis 10 minutes la deuxième fois selon les règles adoptées en 2017 après l’affaire des faux communiqués Vinci. Le S&P 500 a aussi été suspendu pendant 15 minutes à l’ouverture (donc après une première chute d’au moins 7%) sur le NYSE, qui avait mis en place les premiers coupe-circuits après le «lundi noir» de 1987…

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