La Turquie inquiète à nouveau les marchés par ses finances et sa politique intérieure

le 14/05/2019 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le Trésor turc travaillerait à transférer les réserves de la banque centrale pour combler son déficit.

Turquie
La Turquie est officiellement entrée en récession.
(Crédit Fotolia.)

Le ministère du Trésor turc travaillerait sur une législation visant à transférer 40 milliards de livres (6,6 milliards de dollars) des réserves de la banque centrale (CBRT) au budget du gouvernement afin de combler un déficit plus important que prévu, ont annoncé trois de ses responsables à Reuters. Si le projet de loi était adopté, ce transfert marquerait une nouvelle tentative peu orthodoxe du gouvernement du président Tayyip Erdogan afin de sortir la Turquie de la récession et de stabiliser la livre turque, qui a chuté de 40% depuis 2017, de 15% depuis janvier.

La devise subit une nouvelle pression, en partie à cause des inquiétudes des investisseurs sur la gestion des réserves de change par la CBRT. A 6,10 face au dollar, elle perdait hier 1,9% hier en réaction à l’article de Reuters, et effaçait ainsi presque tous ses gains de la fin de la semaine dernière quand, dans un autre mouvement inhabituel, des banques publiques ont vendu 4,5 milliards de dollars pour la soutenir.

Une situation
pire que prévu

En janvier, la CBRT avait déjà transféré au Trésor environ 37 milliards de livres de bénéfices avec trois mois d’avance. Malgré cela, le budget turc a enregistré un déficit de 36,2 milliards de livres au premier trimestre (selon le ministère du Trésor) du fait des réductions d'impôts et des dépenses supplémentaires de l'Etat en prévision des élections locales du 31 mars. Ce déficit budgétaire pourrait finalement dépasser les 80 milliards de livres (13 milliards de dollars) sur l’année.

Les élections locales, qui avaient été perdues par le parti de Tayyip Erdogan (AKP) dans certaines grandes villes comme Istanbul, ont par ailleurs été annulées la semaine dernière pour la capitale – uniquement – où un vote sera réorganisé le 23 juin. Le Parti républicain du peuple (CHP) a demandé, en vain, l’annulation de l'ensemble des élections depuis 2018, y compris de la présidentielle, partant du principe que les bureaux de vote avaient alors été désignés de la même façon que pour les municipales. «Le projet de transfert envoie un message disant que les choses sont pires que ce que l'on pensait, et que le resserrement budgétaire que nous attendions après les élections locales du 31 mars est probablement reporté au-delà de la date des élections locales du 23 juin», s’inquiétait hier Timothy Ash, responsable études marchés émergents chez Blue Bay AM.

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