L’Af2i milite pour l’épargne supplémentaire

le 17/04/2019 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L’association française des investisseurs institutionnels veut faire entendre sa voix dans le projet de réforme du système de retraite que le président Emmanuel Macron a mis en œuvre.

produits d’épargne retraite pour les retraités.
Selon l’Af2i, les Français seront perdants dans le futur système de retraite.
(Crédit Fotolia.)

Si l’Association française des investisseurs institutionnels (Af2i) représente divers métiers, tant assureurs que caisses de retraite et de prévoyance, un point de convergence faisant l’unanimité a été trouvé : celui du devenir des réserves financières des caisses de retraite. L’association estime ainsi par la voix de son président Jean-François Boulier que «le choix d’un système universel de retraite par répartition nécessite la gestion des réserves, afin d’assurer la flexibilité et la sécurité du dispositif, et d’apporter la confiance des Français dans leur nouveau système». L’enjeu est de taille : il correspond à quelque 128 milliards d’euros (réserves Agirc-Arrco, CNAVPL, indépendants et Ircantec principalement) qui, dans un système universel par répartition, pourraient être fusionnés et les réserves devenir des réserves d’ajustement, sans système de capitalisation.

Impossible d’abandonner le système
par répartition

L’Af2i ne remet pas en cause le choix du système par répartition mais rappelle que le gouvernement n’avait pas le choix. «Il est impossible d’abandonner le système par répartition sinon il faudrait payer 2 fois. Ce n’est pas un scoop de vouloir garder le choix historique du système par répartition, c’est un argument de vente», estime Henri Chaffiotte, directeur de la Carmf (caisse des médecins) et président de la Commission Investissement Retraite de l’Af2i.

L’association juge cependant que selon les hypothèses en cours, les Français seront perdants dans le futur système. «Avec un taux de cotisation de l’ordre de 28% et un taux moyen de remplacement uniforme de 56%, les retraites vont baisser», prévient Henri Chaffiotte. Les chiffres de simulation de l’Af2i sur un revenu annuel de 32.000 euros, montrent que la retraite est alors de 24.200 euros avec le système actuel contre 17.900 euros avec le futur système. En outre, la fonction publique a un taux de cotisation implicite autour de 70% aujourd’hui. Si elle doit cotiser demain à 28% il y aura un trou à combler. Les professions libérales quant à elles ont un taux de cotisation inférieur. «Jean-Paul Delevoye envisage pour les libéraux un taux de 28% jusqu’à un plafond de sécurité sociale et de 11% seulement de un à trois plafonds. Donc il y aurait une cotisation qui serait inférieure à celle des salariés. Ce n’est pas contraire au principe du régime universel, mais on ne peut pas mettre une hausse des cotisations de 28% jusqu’à 3P pour tout le monde car il y a des caisses qui ne pourront pas absorber cette hausse. Le taux de 28% n’est valable que pour les salariés du secteur privé», estime Henri Chaffiotte.

L’association rappelle aussi le cas du régime des pharmaciens qui a un système par capitalisation obligatoire. «Il ne peut pas rentrer dans le régime universel car la capitalisation est attribuée à un individu, pas collectivement», assure Henri Chaffiotte. Le seul autre système par capitalisation obligatoire est aussi concerné, celui des fonctionnaires pour leurs primes, géré par l'Erafp. Il représente près de 30 milliards de réserves en valeurs boursières, mais, pour une raison inconnue les chiffres du HCRR mentionnent un actif net limité à 21,7 milliards.

Développer l'épargne retraite

L’Af2i estime qu’il faut encourager au développement de l’épargne retraite supplémentaire. Après son soutien à la Loi Pacte et ses volets sur l’épargne supplémentaire elle juge que «l’adhésion à un programme d’épargne en vue de la retraite ne pourra se faire qu’à cadre fiscal constant, prenant en compte l’érosion monétaire, pour éviter des aléas exogènes sur les rendements attendus».

Elle milite pour que la gestion financière des réserves «soit adaptée».  Pour l’association, la pluralité des institutions gestionnaires est indispensable et elle refuse un organisme unique. «Il faut distinguer l’organisme qui va gérer les flux de cotisations et de prestations, qui peut être universel, de l’organisme à qui on va confier la gestion financière. Avoir une seule gestion financière va entraîner des biais, alors que si on a une diversité d’acteurs, il y aura des choix d’investissements différenciés et une diversification des risques et donc leur réduction», assure Sylvie Malécot, directeur à l’Af2i. Selon les derniers documents présentés aux partenaires sociaux, la gouvernance de la structure de tête du régime pourrait s’organiser autour d’un conseil d’administration, Jean-Paul Delevoye ayant cité l’exemple de 15 représentants des employeurs et 15 représentants des salariés et serait aussi dotée d’une assemblée générale plus diversifiée. «Mais l’Etat veut garder la main», rappelle Henri Chaffiotte, reprenant l’expression du Medef selon lequel on assiste à une «étatisation du système». Quoi qu’il en soit, pour la gestion financière du système, l’Af2i insiste : «les structures gérant aujourd’hui les réserves ont fait la preuve de leur résilience (…) Elles sont donc légitimes à gérer les réserves du futur système universel».

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