En 2019, les midcaps du SBF 120 peineront encore face à ses poids lourds

le 11/01/2019 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'an dernier, pour la première fois depuis 2011, les indices français des grandes valeurs ont réalisé un meilleur parcours que les petites et moyennes capitalisations.

cotations à la bourse de Paris
L'indice CAC Large 60 «n’a perdu que» 10,6% l’an dernier.
(Crédit Thinkstock.)

L'an passé, pour la première fois depuis 2011, les grands indices boursiers français regroupant les valeurs stars ont réalisé un meilleur parcours - ou plutôt un moins mauvais parcours - que les petites et moyennes capitalisations. L'écart de performance a été important, même à l'intérieur d'un indice comme le SBF 120. L'indice CAC Large 60, moitié supérieure du SBF 120 qui englobe le CAC 40 et le CAC Next 20, a perdu 10,6% en 2018, soit deux fois moins que sa moitié inférieure, le CAC Mid 60, qui a chuté de 20,5%.

La perte de vitesse ayant conduit les valeurs moyennes à sous-performer les grosses capitalisations s'explique en partie par un mouvement de prise de bénéfices observé sur ce compartiment de la cote, qui ne saurait surprendre totalement au regard de l'envolée du CAC Mid 60 sur une longue période. En dix ans, il a flambé de 256%, contre un gain de 155% pour le CAC Large 60 et de 146% pour le CAC 40.

Le suivi des analystes se restreint

Mais les small et midcaps ont aussi fait les frais de la mise en oeuvre de la directive européenne MiFID 2. Face au durcissement de la réglementation pour les investisseurs, les courtiers ont réduit leur niveau de couverture sur ces valeurs.

Selon les informations fournies par la plate-forme MiFID Vision, qui réunit les acteurs de la chaine de valeur financière française, seulement trois analystes en moyenne suivent les sociétés dont la capitalisation boursière est comprise entre 150 millions et 1 milliard d'euros, contre cinq il y a encore trois ans. Pis, près de 40% des petites et moyennes entreprises de la cote parisienne ne sont suivies que par un seul analyste, voire aucun ! Investir dans ces valeurs devient dès lors beaucoup plus risqué.

La dégradation de la conjoncture en Europe à la fin 2018 a également bien plus pénalisé en Bourse les PME que les mastodontes. «La récente publication d'indicateurs économiques de mauvaise qualité sur le Vieux Continent a pu expliquer la chute des valeurs moyennes françaises, souvent très exposées à la zone euro», constate Stéphanie Bobtcheff, gérante du fonds Agenor Mid Cap Europe de La Financière de l'Echiquier.

C'est là que le bât blesse. Le ralentissement marqué de l'économie, qui guette en Europe et ailleurs, pourrait permettre aux grosses capitalisations d'enregistrer une meilleure performance que le reste de la cote cette année encore. Ce sera surtout le cas si les marchés financiers restent durablement déprimés face aux nombreuses incertitudes à lever (Brexit, shutdown, tensions commerciales, etc.).

«Les grandes capitalisations devraient mieux se comporter cette année à la bourse de Paris», déclare Catherine Garrigues, directrice de la gestion actions Europe d'Allianz Global Investors, «du fait de leur capacité historique à mieux résister aux turbulences, notamment grâce à leur plus forte représentativité dans les secteurs d'activité matures comme les services aux collectivités ou les télécoms».

Gare à l'ajustement du consensus

Au cours des premières séances de l'année, les midcaps ont bien repris un peu d'allant après avoir perdu 100% de leur prime de valorisation sur les grosses capitalisations au cours du second semestre de 2018. Mais la tendance est fragile. La faible liquidité caractérisant cette classe d'actif peut parfois constituer un handicap. De plus, le consensus parait trop optimiste pour 2019. «La prévision des analystes d'une hausse moyenne de l'ordre de 10% du bénéfice net des sociétés de taille intermédiaire est probablement encore trop élevée», estime Adrien Dumas, gérant du fonds Active de Mandarine Gestion.

Raréfaction des flux acheteurs
venus de l'étranger

Dans un contexte où la volatilité ne semble pas vouloir faiblir, un abaissement brutal des prévisions des analystes pour les résultats à venir des entreprises de taille modeste apporterait le coup de grâce aux valeurs moyennes. D'autant que les flux financiers acheteurs venus de l'étranger après l'élection du «réformiste» Emmanuel Macron à la présidence de la République, se réduisent comme peau de chagrin, surtout ceux qui pointaient vers les valeurs moyennes au profil «très domestique». Comme si le mouvement social des gilets jaunes était venu rappeler que la conduite des ambitieuses réformes voulues par l'exécutif ne sera pas chose aisée.

L'investisseur doit donc aborder 2019 avec prudence et pragmatisme, tout en gardant un niveau élevé de liquidité pour pouvoir saisir rapidement les opportunités qui se présenteraient. Son portefeuille sera équilibré, sans être trop défensif, et majoritairement exposé aux grosses capitalisations.

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