Les marchés pétroliers terminent l’année en berne

le 26/12/2018 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

De nombreux analystes comptent sur l’Opep et ses alliés pour soutenir les cours l’an prochain malgré l’incertitude sur le dynamisme de l’économie mondiale.

production pétrolière
Le cours du pétrole est en passe de terminer l’année en recul de plus de 20%,
(Bloomberg.)

La chute a été brutale. Les cours pétroliers ont effacé plus d’une année de hausse régulière avec une baisse de 38% du prix d’un baril de Brent depuis début octobre où il atteignait 86 dollars, leur pire performance trimestrielle depuis l’effondrement des cours en 2014. Alors que le pétrole brut affichait une hausse de près de 30% depuis janvier à fin septembre, il est en passe de terminer l’année en recul de plus de 20%, à 53,24 dollars le baril vendredi dernier, au plus bas depuis début septembre 2017.

Les Etats-Unis sont les premiers responsables de ce retournement de tendance. La production américaine de pétrole brut, portée par le schiste, devrait atteindre 10,9 millions de barils par jour (mbj) en moyenne en 2018, d’après l’Energy Information Agency (EIA), en hausse de 1,5 mbj en un an, et l’EIA estime qu’elle atteindra 12,1 mbj l’an prochain, faisant des Etats-Unis de loin le premier producteur mondial. La diplomatie de Donald Trump a également joué, en faisant miroiter un arrêt net des exportations iraniennes de pétrole avant de délivrer de nombreuses exemptions.

Depuis, l’Opep a renouvelé son association avec la Russie et d’autres pays producteurs avec pour objectif de réduire leur niveau de production d’environ 1,2 mbj à partir de janvier. Mais l’annonce n’a pas permis aux prix de rebondir durablement. «Il y a une crainte généralisée des marchés que les coupes prévues par l’Opep+ ne suffiront pas, compte tenu des préoccupations liées à la croissance économique, à compenser l'augmentation incessante de l'offre de schiste américain et à stabiliser le marché», observe Giovanni Staunovo, analyste chez UBS. Du côté de la demande, la grande inconnue reste la Chine. L’IIF s’attend à ce que le ralentissement économique en Chine et dans le reste de l’Asie, «qui représentent plus de 70% de la croissance de la demande mondiale de pétrole», ramène à 1,1 mbj la hausse de la demande l’an prochain, contre des prévisions de 1,3 mbj du côté de l’Opep et de l’AIE.

Cours en dessous du point mort
des producteurs américains

UBS estime au contraire que la réduction de l’offre, conjuguée au déclin progressif des exportations iraniennes et de la production vénézuélienne, entraînera un rebond des cours vers les 80 dollars le baril de Brent d’ici 3 mois. D’autant que la récente chute des cours pèse sur les investissements des producteurs américains, le prix d’un baril de pétrole brut américain étant tombé à près de 45 dollars, un niveau inférieur à leur point mort moyen estimé par l’IIF. Plusieurs producteurs américains, dont Parsley, Diamondback, ConocoPhillips et Anadarko, ont déjà annoncé des investissements inférieurs aux attentes des analystes pour 2019.

UBS n’est pas la seule banque à argumenter en faveur d’une hausse des cours en 2019. La grande majorité des prévisions compilées par Bloomberg pointe vers un rebond substantiel des cours, avec une médiane à 74 dollars le baril en moyenne au premier trimestre, mais ils sont peu nombreux à être prêts à parier dessus. De fait, le nombre de paris spéculatifs sur une hausse des cours s’est effondré ces derniers mois pour tomber à son plus niveau depuis 2013 sur le Nymex, d’après les données de la CFTC. Les positions courtes ont quant à elles triplé depuis début octobre mais restent inférieures à leur pic atteint mi-2016.

«Aujourd’hui, le sentiment des investisseurs est à ce point négatif qu’ils réagissent de manière sélective aux statistiques, donnant la priorité à celles accréditant le scénario d’une offre excédentaire», estime Joel Hancock de Natixis. S’il reste positif sur les fondamentaux, ce dernier estime qu’il faudra attendre le deuxième trimestre au moins pour que le sentiment s’inverse.

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