Paris privilégie la paix sociale à la consolidation budgétaire

le 12/12/2018 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les mesures annoncées lundi soir par Emmanuel Macron devraient porter le déficit à 3,4% du PIB, au risque d’incommoder Bruxelles.

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Palais de l’Elysée, rue du Faubourg-Saint-Honoré à Paris.
(Photo RK.)

En annonçant un ensemble de mesures visant à renforcer le pouvoir d’achat des Français dès le 1er janvier prochain, Emmanuel Macron a chamboulé la trajectoire budgétaire attendue pour 2019. Paris s’était engagé auprès de Bruxelles sur un déficit public de 2,8% l’an prochain, sous le seuil de 3% synonyme d’infraction au Pacte européen de stabilité et de croissance. Mais en additionnant les mesures, ce sont entre 10 et 15 milliards d’euros à trouver, selon les hypothèses retenues pour leur mise en œuvre.

Hier, le ministre de l’Action et des Comptes publics a ainsi chiffré le coût total des mesures à 10 milliards, dont 6 milliards pour les annonces du Président. Gérald Darmanin a évoqué devant les sénateurs un déficit public «autour de 2,5%» en 2019 en excluant l’impact exceptionnel du CICE, soit 3,4% au total. Cette évaluation a priori optimiste devra être confirmée une fois connu le détail des mesures et des économies encore possibles. En tout état de cause, le cadre européen ne sera pas respecté l’an prochain.

La Commission européenne
se prononcera en 2019

La Commission européenne pourrait donc ouvrir une nouvelle procédure de déficit excessif à l’encontre de la France alors qu’elle vient à peine d’en sortir. «Nous surveillons de près les possibles nouvelles mesures annoncées, mais nous ne pouvons faire aucun commentaire avant qu'elles aient été formellement annoncées et détaillées», a dit lundi le vice-président de la Commission, Valdis Dombrovskis. La Commission attendra l’année prochaine et ses prévisions de printemps pour se prononcer, a indiqué hier un porte-parole. Les tensions avec Rome sur son budget réduisent les marges de manœuvre de Bruxelles, même si la France peut espérer justifier de son entorse à la règle des 3% en mettant en avant les réformes structurelles prévues l’an prochain, dont celle des retraites et de l’assurance-chômage.

Du côté des marchés, une hausse limitée du spread avec l’Allemagne est visible, à 46,8 points de base, toutefois loin des niveaux atteints avant l’élection présidentielle (plus de 70 pb) ou de ceux du spread italien, de 230 pb.

L’économie française pourrait en revanche bénéficier de ce coup de pouce au pouvoir d’achat. Du fait des mesures annoncées «conjuguées à la baisse récente du prix des carburants, 2019 s’annonce désormais comme la meilleure année depuis 2008 en terme de hausse du revenu disponible réel», juge Michel Martinez, économiste de la Société Générale.

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