Donald Trump met ses menaces à exécution sur l’Iran

le 09/05/2018 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le président américain a plongé la communauté internationale dans un abîme d’incertitudes en se retirant de l’accord sur le nucléaire iranien

Donald Trump met ses menaces à exécution sur l’Iran
(Bloomberg)

La tension est montée crescendo au cours de la journée d’hier, quand l’inéluctable est tombé : le président américain Donald Trump a annoncé que les Etats-Unis se retiraient de l'accord conclu à Vienne en juillet 2015 sur le programme nucléaire iranien, et allaient rétablir les sanctions américaines contre Téhéran – une décision saluée par Israël et l’Arabie Saoudite.

Mais au lieu de rétablir immédiatement des sanctions, il a opté pour des mesures graduelles que certains professionnels de marché ont assimilé à une porte entre-ouverte aux négociations. Les Etats-Unis vont en effet rétablir une palette de sanctions à l'issue de périodes transitoires de 90 à 180 jours, qui viseront notamment le secteur pétrolier iranien, les exportations aéronautiques vers l'Iran, le commerce de métaux, ainsi que les transactions en dollar avec la Banque centrale du pays, a annoncé le département du Trésor américain.

L’Europe et l’Iran sont prêts à sauver l’accord

L’Europe tente de sauver les meubles. Dans un communiqué commun exprimant leur regret et leur préoccupation, le président français Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel et la Première ministre britannique Theresa May se sont dits «déterminés à assurer la mise en œuvre» de ce texte en «maintenant les bénéfices économiques» au profit de la population iranienne. Pour sauver le texte, les Européens sont allés dans le sens du président Trump en proposant de négocier avec l'Iran un «nouvel accord» qui prenne en compte les inquiétudes américaines sur le développement de missiles balistiques par Téhéran.

De son côté, le président iranien Hassan Rohani a assuré que Téhéran n'entendait pas se retirer de l'accord. «J'ai donné pour consigne au ministère des Affaires étrangères de négocier avec les pays européens, la Chine et la Russie dans les semaines à venir», a-t-il déclaré.

Des marchés indécis

Les marchés sont restés indécis devant la difficulté à évaluer les conséquences de la décision américaine, par son côté graduel. Le Nasdaq, le Dow Jones et le S&P 500 sont restés stables, tandis que le pétrole a joué au yo-yo, ne semblant pas comment interpréter l’information. Le dollar lui-même a poursuivi sa hausse hier, même si celle-ci s’est en partie tassée après l’annonce de Donald Trump.

Aujourd’hui, les réactions sur les marchés actions seront à surveiller. Airbus a déclaré hier soir qu’il prendra le temps qu’il faudra pour analyser «attentivement» l’annonce, tandis que Boeing va consulter les autorités américaines au sujet des «prochaines étapes». La compagnie IranAir a commandé pour respectivement 20,8 et 17 milliards de dollars d’appareils aux deux avionneurs.

Les compagnies pétrolières sont également concernées. Total a par exemple signé en juillet 2017 un accord avec l'Iran en vue de développer la phase 11 de South Pars, le plus grand gisement de gaz naturel au monde, avec un investissement initial de l'ordre du milliard de dollars. Son patron Patrick Pouyanné a précédemment déclaré qu’il tenterait de négocier une dérogation si les sanctions devraient être rétablies. Autre secteur touché en France, l’automobile : PSA et Renault disposent d’accords de production en Iran et nourrissaient jusqu’à présent de fortes ambitions sur ce marché.

En Allemagne, le président de la BGA, l’association du commerce extérieur, craint que la décision américaine ne provoque de l’incertitude pour les entreprises allemandes, qualifiant la situation à venir de «chaos».

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