Le Brexit prend une tournure constructive

le 20/03/2018 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Londres et Bruxelles se sont accordés sur une période de transition jusqu'à fin 2020, malgré l'absence de solution au problème irlandais.

Michel Barnier et David Davis lors des négociations sur le Brexit du 29 mars 2017.
Michel Barnier, en charge des négociations avec le Royaume-Uni, a reçu lundi 19 mars David Davis, secrétaire d'État britannique à la sortie de l’UE.
(© EU EC Mauro Bottaro)

Bruxelles et Londres font tout pour éviter de «tomber de la falaise» après le 29 mars 2019. Michel Barnier, le négociateur de l’Union européenne, et David Davis, son homologue britannique, ont annoncé hier un compromis «sur une large partie de ce qui constituera l'accord international pour le retrait ordonné du Royaume-Uni», selon les mots de l’ancien commissaire européen. Et notamment sur la période de transition. Une fois figée la position de négociation de l’UE pour le futur accord commercial liant l’Union et le Royaume-Uni au sommet européen des 22 et 23 mars, les discussions pourront donc entrer dans le vif du sujet.

Concessions
britanniques

La période de transition s’étalera du 30 mars 2019 à fin 2020. Elle est donc un peu plus courte que les deux ans réclamés par la Première ministre britannique Theresa May. Durant ce laps de temps, le Royaume-Uni ne pourra plus participer aux décisions de l’UE, mais conservera tous les avantages du marché unique, de l’union douanière et des politiques européennes. Il pourra aussi négocier des accords commerciaux avec d’autres juridictions. Londres a fait une autre concession, au sujet des droits des citoyens qui arrivent sur son territoire : ceux-ci auront la possibilité d'obtenir le nouveau statut de résidence au Royaume-Uni, dès le début de la période de transition.

L’accord présenté hier ne constitue cependant qu’une étape. Il reste indissociable d’un accord global sur tous les aspects du Brexit. «La certitude juridique sur tous ces points, y compris la transition, qui fait partie de cet accord, ne viendra qu'avec la ratification, des deux côtés, de l'accord de retrait» d’ici mars 2019, a rappelé lundi Michel Barnier.

Le document de 130 pages publié hier laisse par ailleurs toujours sans réelle solution le problème irlandais. Belfast et Dublin ne veulent pas de frontière physique entre les deux parties de l’île, ce qui serait inéluctable en cas de sortie de l’union douanière, tandis que l’Irlande du Nord et Londres refusent toute séparation interne. Seule avancée dans le projet d’accord présenté lundi: les négociateurs s’accordent sur la nécessité d’inclure une solution de dernier ressort (backstop) dans le futur accord de retrait. Il s’agit, là encore, d’une concession britannique. Bruxelles promeut un «espace réglementaire commun» à l’UE et l’Irlande du Nord «sans frontières intérieures» au cas où le Royaume-Uni n’aurait d’autre solution à proposer.

«Nous avons accepté la nécessité d'inclure un texte juridique qui décrit ce backstop», a déclaré David Davis, «mais notre intention est toujours de parvenir à un partenariat si étroit qu'il ne requiert pas de mesures spécifiques en ce qui concerne l'Irlande du Nord.» Ce qui laisse Andrew Goodwin, économiste chez Oxford Economics, sceptique : «plus nous approcherons de l’échéance d’octobre pour un accord, plus le Royaume-Uni sera sous pression afin de reconnaître qu’il ne peut exister de ‘soft border’ si le pays insiste pour rester hors du marché unique et d’une union douanière».

Les entreprises veulent
plus de précisions

Ces obstacles expliquent l’accueil mesuré hier des milieux d’affaires britanniques. «Nous craignons que les implications pratiques et les détails de la transition n’attirent pas aujourd’hui suffisamment l’attention, a réagi l’Institute of Directors, un lobby patronal. De nombreuses entreprises ne seront capables de se préparer suffisamment au Brexit qu’à partir du moment où les détails précis de la future relation seront connus et où tout changement aux infrastructures domestiques, comme les douanes, aura été mis en œuvre.»

Sur les marchés, la nouvelle a fait grimper le sterling au-dessus de 1,14 euro et 1,40 dollar, tandis que les taux britanniques à 10 ans s’écartaient de 6 points de base à 1,50%. Les économistes de la Société Générale saluaient hier un apparent changement de ton : «il est significatif que l’UE ait permis au Royaume-Uni de passer à l’étape suivante en l’absence d’une solution sur le problème irlandais», notent-ils.

Les progrès autour du Brexit pourraient conforter le biais restrictif de la Banque d’Angleterre, avec une hausse des taux au mois de mai désormais largement anticipée par le marché monétaire. La banque centrale en dira plus dès ce jeudi, à l’occasion de sa réunion de politique monétaire.

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