Les Français risquent de mal accueillir le volet épargne de la loi Pacte

le 05/02/2018 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les épargnants restent allergiques au risque. Ils pourraient rejeter les injonctions en faveur de l’investissement en actions, selon BPCE.

Frilosité des épargnants français vis-à-vis des placements en actions.
Les épargnants français sont toujours frileux vis-à-vis des placements en actions.
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La loi Pacte, qui prévoira des encouragements à l’investissement en actions, va-t-elle contribuer à transformer la structure de l’épargne en France? «S’il y a une modification des patrimoines, elle aura lieu très progressivement», répond Alain Tourdjman, directeur du pôle études veille & prospective, chez BPCE, qui présentait ce vendredi le baromètre trimestriel de l’épargne réalisé par la banque. «Tout dépendra de ce qui se passera sur les marchés, et de la réforme de l’épargne collective».

La réforme fiscale, avec la création du prélèvement forfaitaire unique (PFU) et la suppression de l’ISF, n’encourage-t-elle pas à l’investissement en actions ? Si la fin de l’ISF a frappé les esprits, «le PFU est perçu comme complexe», estime Alain Tourdjman, sur la base d’une étude qualitative auprès de clients patrimoniaux de BPCE. Les réformes votées et le discours du gouvernement ont pu être considérés «comme une attaque contre l’immobilier, cela a été vu comme une injonction négative, comme si on les forçait à abandonner ce placement. Les épargnants ne veulent pas basculer aussi facilement vers l’investissement en actions». Car les Français conservent une «aversion au risque très forte, ils ont en mémoire les deux krachs des quinze dernières années». D’où une «suspicion à l’égard de la réforme Le Maire» qui veut les inciter à financer les entreprises. «Les épargnants ont un peu l’impression qu’on veut les transformer en 'start-uppers', ils ne se voient pas comme ça».

En revanche, une réforme bien menée des produits d’épargne retraite pourrait être bénéfique, estime Alain Tourdjman. Car le système, «complexe et fragmenté» ne favorise par la diffusion de ces produits. BPCE approuve donc les grandes lignes de la réforme envisagée par le gouvernement dans le cadre de la loi Pacte, avec le regroupement de tous les produits sous deux dénominations (Compte Avenir individuel et Compte Avenir professionnel), au lieu d’un éparpillement selon les statuts professionnels. Mais attention, prévient Alain Tourdjman. Remettre en cause le Perco, comme l’envisage le gouvernement, serait une erreur. De même que trop décourager la sortie en capital : même une épargne longue doit «répondre à une pluralité d’attentes et rester compatible avec le parcours patrimonial des ménages», estime l’économiste. Si le gouvernement n’y prend pas garde, l’épargne retraite continuera de stagner.

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