«La part du Royaume-Uni dans l’activité de Henderson GI va baisser»

le 05/07/2016 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

De passage à Paris, Andrew Formica, le directeur général du britannique Henderson Global Investors, tire les premières leçons, pour les gérants, du vote sur le Brexit.

Andrew Formica, le directeur général de Henderson Global Investors.
Andrew Formica, le directeur général de Henderson Global Investors.
(Photo DR.)

L'Agefi: Quel est l’impact du vote du 23 juin sur votre activité?

Andrew Formica : Après la forte croissance des exercices précédents, le début d’année était déjà plus compliqué. Nous observions une réticence des investisseurs américains et asiatiques vis-à-vis des actifs européens, en raison de l’approche du référendum britannique. Cela se traduisait par un ralentissement de la croissance des ventes. Depuis le 23 juin, on assiste à un retournement de l’activité des clients, avec une croissance des retraits.

Etiez-vous préparés à un tel choc?

Nous pensions que le camp du «Remain» l’emporterait. Mais nous nous étions préparés autant que nous le pouvions à l’hypothèse inverse, avec une forte hausse de la part en cash dans nos portefeuilles de façon à pouvoir répondre aux demandes de retraits des investisseurs. Dans nos fonds immobiliers par exemple, cette part de cash dépassait 20%. Le régulateur a assuré par ailleurs en amont un suivi de notre position de liquidité, sans pour autant fixer d’objectifs particuliers ou à l’échelle de l’industrie de la gestion d’actifs britannique. Sur le plan opérationnel, l’impact est négligeable, car nous pouvons accéder au marché de l’Union européenne grâce à notre gamme de fonds luxembourgeois.

Si le Royaume-Uni perdait le bénéfice du passeport européen des services financiers, cela serait donc indolore pour Henderson?

Nous disposons au Luxembourg d’un conseil séparé qui délègue la gestion de notre gamme de fonds luxembourgeois à une société basée à Londres. Nous devrions sans doute muscler notre équipe sur place, en la passant de 3 à 12 collaborateurs, pour donner davantage de substance à notre activité là-bas. La plupart des grands gestionnaires britanniques procèdent de même. Le problème se poserait surtout pour les petites sociétés de gestion qui n’ont pas de gamme de fonds immatriculée à Dublin ou au Luxembourg, car en constituer une coûte cher.

Quelles sont les priorités aujourd’hui des asset managers britanniques?

L’Investment Association discute avec le Trésor et le régulateur pour les aider à fixer des priorités. La vacance du pouvoir ne facilite pas les choses. Nous voulons d’abord nous assurer que nous ne passerons pas derrière d’autres secteurs, comme la banque. Nous souhaitons ensuite que Londres, premier centre mondial de la gestion d’actifs si l’on excepte les Etats-Unis – très domestique – puisse rester en mesure d’attirer et de retenir les talents étrangers. Le régulateur devra aussi se pencher sur la législation européenne. On pourrait imaginer un nouveau délai dans l’application de Mifid 2, qui par certains côtés va restreindre la liquidité des marchés, ce dont nous n’avons pas besoin en ce moment.

Peut-on s’attendre à terme à une consolidation des petits gérants?

Pas cette année, car chacun voudra avoir plus de certitudes sur l’avenir des relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Mais l’on peut s’attendre dès l’an prochain à une consolidation entre ces petits gestionnaires locaux. Ils vont subir à la fois une moindre croissance de marché, en raison de l’impact des taux bas et de mauvaises performances, une moindre croissance des flux clients, et le coût toujours croissant de la réglementation.

Ces facteurs vous touchent aussi. Sont-ils de nature à remettre en cause votre plan stratégique qui prévoyait une diversification et un doublement des encours entre 2013 et 2018?

Ce qui se passe aujourd’hui est de nature à affecter la réalisation de notre stratégie, mais pas à nous en faire changer. Nous étions en avance sur notre plan. Notre capacité à tenir nos objectifs dépendra de ce qui va se passer dans les 6 prochains mois. Nous avons déjà connu des trimestres de décollecte, par exemple à l’été 2012 lors du pic de stress sur les dettes de la zone euro, et nous sommes toujours repartis de l’avant. Mon travail aujourd’hui consiste à dire à nos clients de ne pas prendre de décisions hâtives. Sur le fond, la faiblesse des rendements favorise toujours la demande pour la gestion actions active, qui constitue 65% de nos encours, et pour les actifs alternatifs. Par ailleurs, si nous ralentissons aujourd’hui le rythme de nos embauches, nous n’avons pas de plan de réduction des effectifs.

Comptez-vous rééquilibrer vos géographies en raison d’un Brexit, et quelle place y aura la France ?

Nous réalisons encore 45 % de notre activité au Royaume-Uni. Cette part devrait baisser au profit des Etats-Unis, dont le poids a vocation à doubler de 20% à 40%, et de l’Europe, de 20% à 30%. L’Asie devrait croître aussi, à un rythme moins élevé. La France représente environ 3% de notre activité, avec 3,6 milliards d’euros d’encours. En termes de croissance, elle se situe dans le top 3 de nos plates-formes européennes.

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