Société Générale : l'indépendance en question

le 25/01/2008 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

A court terme, la Société Générale n’a certes pas besoin d’abdiquer son indépendance. Bénéficiaire en 2007, elle devrait procéder dans les prochains jours à une augmentation de capital de 5,5 milliards d’euros, avec droits préférentiels de souscription, pour restaurer à 8 % son ratio tier one de 6,7 % après ces charges. L’opération est d’ores et déjà garantie par un syndicat bancaire que dirigent JPMorgan et Morgan Stanley. Pas question donc de solliciter prioritairement les poches profondes de fonds souverains, comme l’ont fait ses homologues UBS, Citigroup et Merrill Lynch. Le groupe a aussi pu compter hier sur le soutien public de l’un de ses actionnaires, Groupama, qui souscrira « à hauteur de sa participation actuelle, soit 3,5 % du capital, et se réserve la possibilité de l’augmenter ». Parmi les autres actionnaires du groupe, on compte la Caisse des dépôts (2,07 % au 30 juin 2007), la CNP (1,1 %) et Dexia (1,00 %).

« La situation de la Société Générale est satisfaisante au regard de tous les critères - solvabilité, liquidité, rentabilité », a assuré pour sa part Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France. A plus longue échéance, la banque n’en reste pas moins fragilisée. En termes de gouvernance, tout d’abord. « Il y a désormais un gros problème de crédibilité du management et du contrôle des risques », juge un analyste financier à Londres. Une équipe dirigeante dont certains membres repoussaient résolument toute idée de rapprochement avec d’autres établissements bancaires européens, notamment BNP Paribas. Pour l’heure, seule la ligne hiérarchique directe du trader a été sanctionnée. Le conseil d’administration a renouvelé sa confiance à Daniel Bouton, qui lui avait présenté sa démission. Le PDG de la Société Générale a pour sa part refusé celle de Jean-Pierre Mustier, patron de la banque de financement et d’investissement. Un comité de trois administrateurs indépendants, Antoine Jeancourt-Galignani, Anthony Wyand et Jean-Martin Folz « sera en charge du suivi du redressement auprès du management ».

La crédibilité est d’autant plus entamée que le problème est survenu dans les dérivés actions, dont la banque faisait son pôle d’excellence mondial. Et les explications données hier laissaient nombre de banquiers perplexes.

La situation de la Société Générale devrait relancer les spéculations sur une OPA. Pas tant avec BBVA, dont le patron a déclaré hier ne pas être intéressé par un rachat de la banque. Davantage avec BNP Paribas, qui, pour l'heure, a évité ces écueils. La banque de la rue d'Antin a indiqué hier n’entrevoir « aucune perte ni aucun élément dont l'importance justifierait un avertissement particulier au marché » et a avancé la publication de ses résultats à lundi.

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