"La politique de baisse des taux de la BCE ne suffit pas"

le 15/12/2008 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Alexandre Bourgeois, chef économiste adjoint chez Natixis

L’Agefi: Est-il nécessaire pour la BCE d’élargir sa palette de mesures non conventionnelles, en complément de sa politique monétaire?

Alexandre Bourgeois: Avant toute chose, la BCE doit continuer à baisser ses taux (jusqu’à 1,50%). En effet, ayant commencé à assouplir sa politique monétaire plus tard et moins fortement que la Fed ou la BoE, elle ne peut se permettre de maintenir son taux refi au niveau actuel (2,50%). Pour autant, la politique de baisse de taux ne suffit pas. Etant donné leur situation financière délicate, les banques ne peuvent répercuter l’intégralité de l’assouplissement monétaire. En outre, la politique d’injection n’est pas suffisante pour permettre un fonctionnement normal du marché interbancaire. Dans ce contexte, le recours à des mesures «moins conventionnelles» peut être envisagé: baisse proportionnellement plus forte du taux de rémunération des facilités de dépôt; achat de dette privée, en particulier billets de trésorerie; poursuite de l’élargissement des critères d’éligibilité pour les collatéraux des banques…

Jusqu’à quel niveau la Banque d’Angleterre peut-elle baisser ses taux?

La BoE n’a d’autre choix que de poursuivre son mouvement de baisse de taux. En effet, les ménages britanniques étant majoritairement endettés à taux variables, un assouplissement monétaire est encore le meilleur moyen d’éviter les défauts de paiement. En outre, la baisse à venir de l’inflation, dans un contexte de repli marqué du prix des matières premières et de baisse de 2,5% du taux de TVA, et l’écroulement de la croissance laissent à l’institution monétaire une large marge de manœuvre en la matière. Son principal taux directeur pourrait ainsi être ramené à 1% avant le printemps prochain.

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