"Nous présenterons dans les six mois une réforme des bonus"

le 15/12/2008 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

confie à «L'Agefi» Frédéric Oudéa, directeur général de la Société Générale.

A la Société Générale, novembre s’est soldé par une «très légère amélioration» des performances la banque de financement et d’investissement. C’est le constat de Frédéric Oudéa. Dans un entretien à L'Agefi, le directeur général estime que la banque a des parts de marché à prendre en Europe ces deux ou trois prochaines années dans une activité de BFI qui continuera à dégager une rentabilité d'au moins 20% en moyenne de cycle. Le groupe devrait par ailleurs présenter dans les six mois une réforme de son système de bonus.

 

L’Agefi: Le quatrième trimestre est meurtrier sur les marchés. Comment la Société Générale traverse-t-elle ces turbulences ?

Frédéric Oudéa: Au mois d’octobre, la banque de financement et d’investissement (BFI) a dégagé des revenus positifs, comme j’ai eu l’occasion de le dire lors des résultats du troisième trimestre. En novembre, les métiers ont connu des performances contrastées. Le mois dernier a par exemple été le plus actif depuis 2003 pour les émissions obligataires. Au bout du compte, il se solde par une très légère amélioration dans la BFI.

 

Anticipez-vous une hausse massive des faillites?

Nous ne la constatons pas pour l’instant. Nous assistons depuis quelques trimestres à une remontée du coût du risque, mais celle-ci ne se matérialise pas encore par de gros contentieux sur les PME. Nous nous attendons cependant à voir arriver une crise bancaire classique en France. Mais aujourd’hui, personne ne peut en prévoir l’ampleur et la durée.

Que répondez-vous à ceux qui accusent les banques d’amplifier le phénomène en coupant les crédits?

Je constate pour ma part que la production de crédit aux entreprises de la Société Générale reste satisfaisante au quatrième trimestre. Pour les particuliers, la problématique est différente. Les consommateurs ont peur et diffèrent tous les achats qui peuvent l’être. La demande de prêts immobiliers baisse, tout comme celle de crédits automobiles. Ces deux secteurs devraient être moins dynamiques pendant un certain temps .

On vous accuse aussi de reconstituer vos marges sans répercuter la baisse des taux…

Aujourd’hui, la liquidité coûte beaucoup plus cher aux banques, un coût que nous répercutons normalement au client. Mais sur un produit comme le crédit immobilier en France, les marges restent toujours aussi faibles, et bien plus basses qu’ailleurs en Europe. Dans la BFI et sur le segment des grandes entreprises, c’est vrai, les spreads de crédit et les commissions ont augmenté comme d’ailleurs le marché obligataire qui se situe aux alentours de 200 à 250 points de base pour les emprunteurs bien notés. Il s’agit d’un retour à des niveaux plus raisonnables par rapport à ceux, anormaux, qui prévalaient avant la crise.

 

Votre accès à la liquidité s’améliore-t-il?

Nous venons de placer un milliard d’euros d’obligations à 5 ans sans garantie de l’Etat, en anticipation de notre programme de refinancement pour 2009. La réouverture du marché est un petit signe d’amélioration pour les bonnes signatures. Nous avons achevé pour 2008 notre programme de financement à moyen et long terme de 30 milliards d’euros environ. L’an prochain, nos émissions de dette à moyen et long terme, tous instruments confondus, oscilleront entre 20 et 25 milliards d’euros, dont 16 milliards au titre du refinancement. Je n’ai aucun souci sur la capacité de la Société Générale à mener à bien ce programme compte tenu de sa qualité de crédit.

Après l’injection de 1,7 milliard d’euros reçue de l’Etat, la Société Générale est-elle assez capitalisée?

Le régulateur français l’a maintes fois répété, les banques françaises ont un niveau de capital satisfaisant, et c’est le cas de la Société Générale. Je suis intimement convaincu qu’appliquer un seul et même ratio de solvabilité ou de liquidité à toutes les banques n’a aucun sens. Les régulateurs eux-mêmes considèrent que la première chose à faire est d’harmoniser les définitions du ratio Tier one en Europe. Au-delà, le niveau de capital doit s’apprécier de manière dynamique en tenant compte de la solidité du business model à générer des revenus et limiter les risques.

 

Maintiendrez-vous néanmoins votre politique de dividendes?

Comme chaque année, il appartiendra au conseil d’administration d’en décider sur la base des résultats annuels. Pour le moment, la Société Générale a provisionné un taux de distribution égal à 45% du résultat net 2008.

Les banques ont aussi donné des gages à l’Etat sur leur politique de rémunération. Où en êtes-vous sur ce dossier?

Nous avons pris l’engagement auprès des pouvoirs publics de revoir le système de rémunération des opérateurs de salle des marchés. La Société Générale présentera au régulateur, dans les six mois, une réforme de sa politique de bonus. Nous menons sur ce sujet des discussions de place. Il faut cependant se garder de comparer le système américain, où l’on parle de montants colossaux, et le système français. Chez nous, les bonus sont appréciés en fonction du résultat dégagé, qui tient compte du coût du risque et du coût du capital. Et nous avons déjà mis en place des systèmes de rémunération différée.

 

Au-delà des bonus, c’est tout le modèle de la BFI qui est en cause. Quelle place aura ce pôle dans les activités de la Société Générale?

La banque de financement et d’investissement entre dans un monde où les joueurs seront moins nombreux et les règles plus strictes. L’allocation en capital à la BFI restera probablement grosso modo la même chez nous, avec davantage de fonds propres réclamés dans certaines activités, et moins dans d’autres. De même, je pense qu’en moyenne de cycle, la rentabilité de ce pôle devra être structurellement plus élevée que celle de la banque de détail pour être validée par un conseil d’administration et par des actionnaires, c’est à dire aux environs de 20%. Dans ce contexte, la Société Générale a une carte à jouer ces deux à trois prochaines années pour prendre des parts de marché en Europe. Je reste fondamentalement optimiste sur cette activité à moyen et long terme.

 

Comment se déroule la restructuration de SGAM?

Le métier de la gestion d’actifs est structurellement le plus touché par la crise car il subit l’impact de la baisse des marchés avec une capacité limitée à augmenter ses prix. Notre priorité, aujourd’hui, est de gagner en efficacité, avec la fusion annoncée de nos structures de gestion alternative, Lyxor et SGAM AI, et la simplification de la gamme de fonds. A terme, la question de la consolidation du secteur en Europe devra se poser.

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