« Les liquidations de positions sur le crédit alimentent la hausse des spreads »

le 18/02/2008 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

estime Patrick Barbe, responsable obligataire Europe chez BNP Paribas Asset Management

L’Agefi : La dégradation du marché du crédit peut-elle s’amplifier ?

Patrick Barbe : Le marché du crédit connaît déjà une nouvelle forte dégradation depuis le début du mois : l’iTtraxx 5 ans Europe est passé de 78 points de base (pb) à plus de 100 pb en quelques jours. La propagation de la crise s’étend à tout le secteur privé: ses obligations de 5 à 10 ans de maturité affichent une prime de 2,37 % par rapport à l’Etat contre 2,5 % environ au plus fort de la crise crédit de 2002 (ce segment de marché ne contient que peu de financières).

Même si les ratios de crédit commencent à se dégrader (dette nette/Ebitda), la santé financière des entreprises n’explique pas l’ampleur de l’écartement des spreads, contrairement à 2002. Ce sont surtout des raisons techniques.

Les liquidations successives de positions sur le marché de crédit créent un cerce vicieux à la hausse des spreads : SIV, loans, et CDO entrés en débouclement forçé. La réouverture du marché primaire euro provoque une revalorisation du secteur concerné par l’émission. Les banques conservant maintenant les crédits qu’elles accordent, doivent se financer massivement dans les marchés. Les incertitudes augmentant, la décote d’un placement peu liquide s’accroît aussi.

Les niveaux des spreads redeviennent attractifs compensant la volatilité mais à condition d’éviter les émetteurs à risque : certaines banques exposées à la hausse des défauts des cartes de crédit ou aux refinancements de LBO, les corporates endettées à court terme ou dépendantes du cycle économique.

Pourquoi privilégiez-vous la catégorie « A »?

La catégorie A contient beaucoup d’émissions financières qui s’étant déjà fortement dégradées, nous paraissent attractives comparées au risque sur les échéances court/moyen termes. Néanmoins la recherche de fortes primes de rendement a des limites : en phase de ralentissement économique, la catégorie BBB nous paraît plus risquée car elle contient un certain nombre d’émetteurs cycliques dont la note pourrait être mise sous revue négative. 

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