Les investisseurs ont ignoré les titrisations en 2008

le 29/12/2008 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L’année se solde par une très forte chute des émissions de produits structurés

Sombre bilan 2008 pour les produits structurés. Les émissions mondiales de titres adossés à des actifs (ABS) ont chuté de 75% à 213 milliards de dollars, d’après les données préliminaires de Dealogic. Les ventes de nouveaux titres adossés à des prêts immobiliers (MBS) plongent aussi, de 81% à 232 milliards de dollars. La prudence des investisseurs vis-à-vis de ces produits, à l’origine de la crise actuelle, explique cette forte baisse des émissions, visible aux Etats-Unis comme en Europe.

Aux Etats-Unis, les volumes ont chuté de 80% et, en Europe, de 83%, d’après les données de Dealogic. Le dernier trimestre de l’année a été particulièrement difficile. Seulement 136 émissions ont été réalisées pour 52,9 milliards de dollars. Il s’agit du pire trimestre sur ce marché, en termes de nombres d’opérations, et du troisième plus mauvais trimestre en terme de montant, après les deux premiers de 1995.

En 2008, les titrisations liées à l’immobilier et aux prêts corporate ont été les plus touchées par la crise. Elles se sont réduites comme une peau de chagrin. Les émissions de CDO, titres adossés à la dette, ont par exemple fondu de 87% à 41 milliards de dollars. La palette d’acquéreurs s’est en effet fortement resserrée, les structures achetant traditionnellement les produits titrisés étant actuellement forcées de réduire leur levier financier. La dégradation de la conjoncture économique devant en outre peser sur les actifs sous-jacents (immobilier, dettes corporate, crédit à la consommation), le marché pourrait continuer d’être déserté. En Europe, plutôt que de tenter un processus de vente publique, les banques préfèrent réaliser des émissions retenues, c’est-à-dire qu’elles conservent pour placer en repo auprès de la Banque centrale européenne. 

Certes en repli, les émissions de produits structurés liés aux cartes bancaires et aux crédits automobiles sont moins affectées. 

La grave crise qu’a connue le marché de la titrisation entre 2007 et 2008 ne sera pas sans conséquences. Certains observateurs s’interrogent même sur une disparition du métier. Pour les analystes de Barclays Capital, «certains pans de l’industrie du crédit structuré survivront, et d’autres pourraient disparaître». La reprise sera lente et compliquée, «mais il existera des opportunités de taille pour les investisseurs avertis», concluent-ils.

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