La Fed toujours sur le qui-vive

le 28/02/2008 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les craintes de Ben Bernanke sur l'économie américaine paraissent justifiées au vu des mauvaises statistiques. Alors que le président de la Fed dit s’attendre à ce que le marché immobilier continue à peser sur l’économie, le département du Commerce a publié hier un ralentissement des ventes de maisons neuves de 2,8 % en rythme annualisé avec 588.000 unités, la plus forte baisse depuis février 1995. De plus, le secteur manufacturier donne des signes inquiétants. Les commandes de biens durables, qui avaient inespérément bondi de 4,4 % en décembre, se sont repliées de 5,3 % en janvier, la plus forte chute des cinq derniers mois, contre un consensus de -4 %. Hors équipements de transport, les carnets d’ordres, attendus en recul de 1,4 %, se sont affaissés de 1,6 %, ce qui indique que le ralentissement de la demande pousse les entreprises à freiner les dépenses.

En parallèle, Ben Bernanke a rappelé que la poursuite de la flambée des prix de l’énergie et des matières premières et les dernières données sur les prix à la consommation suggèrent aussi des risques que l’inflation soit supérieure aux prévisions de janvier. Mais cette perspective, qui rappelle à certains le spectre de la stagflation, reste encore au second plan dans l'esprit de la Fed. Dès lors, le marché anticipe, à l’issue de la prochaine réunion du comité de politique monétaire du 18 mars prochain, une baisse de 50 pb à 2,50 % avec une probabilité de 90 % hier, contre 11 % il y a une semaine. Celle d'un geste de 75 pb n'atteint que les 10 %.

Si des baisses de taux américains sont attendues, l’idée d’un statu quo monétaire de la BCE jusqu'à l'été s’est renforcée après la hausse surprise de l’indice IFO mesurant la confiance des patrons d’outre-Rhin. Surtout, l'inflation reste le thème central des faucons de la BCE. « Les marchés sous-estiment le danger d'une accélération de l'inflation lorsqu'ils anticipent une baisse des taux de la BCE », a affirmé hier Axel Weber, président de la Bundesbank. Alors que l’inflation a bondi de 3,2 % en janvier, il a estimé qu'elle « ne reviendra probablement pas sous l'objectif d'un peu moins de 2 % en 2008 » et que « la prévision de la BCE d'un taux d'inflation de 1,8 % en 2009 risque de s'avérer fausse en raison de la nouvelle poussée des cours du pétrole ». S'il n'a pas encore constaté d'effets sur les salaires de la hausse des prix à la consommation, Nout Wellink, membre du Conseil des gouverneurs, a déclaré pour sa part que la BCE devait "surveiller de près" les tensions inflationnistes. Avant d'ajouter que "les exportateurs de la zone euro ont été capables de faire face à la montée de la monnaie unique jusqu'à 1,40-1,45 dollar".

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