La Fed passe la surmultipliée

le 17/12/2008 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Elle opte pour un taux proche de zéro et mobilise « tous les instruments »

A l’issue de deux jours de réunion à Washington, le comité de politique monétaire de la Réserve Fédérale (FOMC) a ramené son principal taux directeur, l’objectif sur les fonds fédéraux, de 1% à une fourchette comprise entre 0 et 0,25% - du jamais vu dans l’histoire de l’institution. Le taux d’escompte est réduit de 75 points de base à 0,5%. Et la Réserve Fédérale s’engage à « employer tous les instruments disponibles pour promouvoir la reprise d’une croissance économique durable ».

Le 16 décembre fera date dans les annales de la politique monétaire américaine. La Réserve Fédérale a d’abord établi un nouveau plancher historique pour son principal taux directeur, allant au delà du pronostic de la majorité des économistes qui tablaient sur la réduction de moitié, à 0,5%, de l’objectif sur les fonds fédéraux. Sa décision, quoique spectaculaire, n’en a pas moins été perçue comme largement symbolique. En raison d’une activité minimale, le marché interbancaire évolue déjà de facto dans un environnement de taux zéro, observent les analystes. Le taux sur les fonds fédéraux était d’environ 0,15% en fin de semaine dernière, soit déjà au milieu de la fourchette annoncée par la Fed hier.

Mais la banque centrale américaine a aussi et surtout franchi le pas le plus important à ce jour vers des interventions dites «non conventionnelles» et remarquablement agressives. En ouvrant la voie à l’emploi de «tous les instruments disponibles» et en confirmant le rachat de «vastes quantités» de titres adossés aux créances immobilières, la Réserve Fédérale adresse un message clair, estimait hier William Poole, ancien président de la Fed de Saint Louis. Elle entend «imprimer de l’argent dans des proportions illimitées jusqu’à ce qu’elle constate que l’économie est à nouveau en expansion». Comme l’observait Alan Blinder, ancien vice-président de la Réserve Fédérale, «à un moment donné, il va bien falloir que la Fed détruise tout l’argent qu’elle a créé». Et si ce risque est pris et assumé, c’est que la Fed dresse par ailleurs un constat particulièrement sombre de l’état de l’économie. «Les conditions du marché du travail se sont dégradées et les données disponibles indiquent que les dépenses de consommation, les investissements des entreprises et la production industrielle ont décliné». Quelques heures avant la publication de ce communiqué, le Département du Travail a fait état d’une baisse des prix à la consommation de 1,7% en novembre, un record et le deuxième indice négatif mensuel consécutif, témoignant de la menace de déflation. Les constructions de nouveaux logements ont en outre chuté de 18,9% en novembre, pour atteindre un rythme annuel de 625.000, le plus bas depuis l’introduction de cette statistique, en 1959.

Le vote du FOMC a été unanime, en dehors de l’abstention de Timothy Geithner, toujours président de la Fed de New York mais désigné par Barack Obama comme son prochain secrétaire au Trésor. Il a été particulièrement bien accueilli à Wall Street, où l’indice S&P 500 a gagné 5,1% à 913,18. Le dollar, en forte baisse, a de nouveau franchi le seuil de 1,40 pour un euro.

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