La dégradation d'Ambac peut peser lourd sur les marchés de crédit

le 21/01/2008 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Ambac a dû renoncer à renforcer son capital. La sanction est venue de Fitch. Le scénario catastrophe n'est pas certain, mais il inquiète

Nouvelle déconvenue pour les assureurs monoline, spécialistes du rehaussement d’obligations: vendredi, une filiale d'Ambac, le numéro deux du secteur, Ambac Assurance, s'est vu retirer sa note "AAA" par l'agence de notation Fitch Ratings, pour être ramenée à "AA". Ambac Financial a vu pour sa part sa note à long terme abaissée  à "A", alors qu'elle était AA auparavant. L’assureur avait dû, vendredi, abandonner son projet d’émission d’actions nouvelles à hauteur d’un milliard de dollars, annoncé deux jours plus tôt. L’effondrement du titre en Bourse (-31 % jeudi, et -16 % en début de séance vendredi)  interdisait en effet à la société tout accès au marché. Déjà, Moody’s avait indiqué le 16 janvier envisager une dégradation d’Ambac, tout comme de la note du numéro un mondial, MBIA,  Standard & Poor's également.

La perte de leur AAA va signifier probablement pour les rehausseurs de crédit concernés une incapacité à souscrire des affaires nouvelles sur le marché. Elle risque surtout de mettre en péril la note des 2.400 milliards de dollars d’obligations qu’ils garantissent. « L’impact sur le marché secondaire sera énorme, car un grand nombre d’investisseurs qui détiennent ces titres sont soumis à des contraintes en matière de notation, estime Philip Gisdakis, à la recherche crédit d’UniCredit MIB. Un effondrement du marché secondaire des actifs financiers structurés en serait la conséquence ».

Si ce scénario catastrophe ne s’est pas encore matérialisé, il existe déjà un précédent inquiétant. La dégradation, de A à CCC, d’un assureur monoline aussi confidentiel qu’ACA Financial, a forcé récemment plusieurs banques à passer des provisions massives pour risque de contrepartie. Le Crédit Agricole a ainsi accusé une charge de 1,2 milliard d’euros en décembre, et Merrill Lynch de 3,1 milliards de dollars jeudi dernier, afin de refléter le risque qu’ACA ne puisse tenir les garanties accordées à ces banques sur des titres qu’elles détiennent. Et le scénario d’un défaut d’un rehausseur monoline est aujourd’hui pris au sérieux par le marché. Les credit default swaps (CDS) de MBIA ou d’Ambac, qui mesurent la prime à payer pour s’assurer contre un défaut de paiement de ces émetteurs, sont bien plus élevés sur les échéances courtes que longues. Une inversion de la courbe qui est d’ordinaire propre aux sociétés menacées de faillite.

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