« Les conseils de GDF et de Suez devraient se réunir en mai »

le 28/02/2008 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Dans un entretien à L’Agefi, Jean-François Cirelli, PDG de Gaz de France, évoque les perspectives et les grands chantiers du groupe

L’Agefi : Comment expliquez-vous des résultats 2007 si contrastés par métiers ?

Jean-François Cirelli : Certaines de nos activités réagissent à la variation des prix du pétrole, tandis que d’autres sont sensibles au climat. Ainsi, le transport (souscription de capacité) n’est pas sensible aux variations climatiques. En revanche, l’impact est grand sur la distribution (gaz transporté). Dans cette activité, chaque TWh perdu diminue de 5 millions d’euros notre excédent brut d’exploitation (EBO). Ces contrastes constituent une couverture naturelle pour le groupe, permettant d’équilibrer le résultat et de limiter les risques.

Après des résultats 2007 records, pensez-vous poursuivre le même rythme de croissance ?

Alors que nos prévisions initiales prévoyaient une hausse moyenne annuelle de 4 à 7 % de notre EBO sur 2005-2008, nous avions relevé à 10 % notre objectif au premier semestre 2006, malgré le scepticisme du marché. Nous avons réalisé 11 %. Aussi, nous visons un EBO de 6,1 milliards d’euros cette année. Bien que nous soyons soumis aux aléas climatiques, nous sommes confiants dans la réalisation de cet objectif.

Quelles avancées tarifaires attendez-vous du contrat de service public 2008-2010 avec l’Etat ?

La récente décision du Conseil d’Etat a permis de clarifier le cadre juridique applicable aux tarifs du gaz naturel en France, rappelant les deux principes de base : les tarifs doivent refléter les coûts complets des opérateurs, et si ce n’est pas le cas, des mécanismes de compensation doivent être mis en place. Ce n’est pas parce que nous sommes privatisés que nous ne bénéficions plus de contrat de service public. Il faut donc appliquer le volet tarifaire. En deux ans, nous n’avons connu que deux hausses, de 5 % en mai 2006 et de 4 % en janvier 2008. Et notre retard tarifaire se monte à 926 millions d’euros depuis 2004. Le contrat de service public est actuellement en négociations et nous espérons le finaliser avant notre fusion avec Suez. Nous demandons une simple application de la loi.

Quel sera l’impact de la réforme du régime de retraite du secteur sur vos résultats futurs ?

Nos engagements de retraite seront réduits de 75 millions d’euros au bilan. L’impact sera positif de 30 millions par an sur le compte de résultat.

Où en est le calendrier de la fusion avec Suez ?

Nous sommes clairement dans le calendrier du premier semestre 2008. Le comité d’entreprise européen (CEE) devrait rendre son avis le 11 mars et le comité central d’entreprise (CCE) courant avril. Les conseils d’administration de GDF et de Suez devraient se réunir en mai, date à laquelle la fusion sera effective dans les esprits.

Où en est le processus de cession de votre participation dans la SPE et de celle de Suez dans Distrigaz ?

Dans les prochaines semaines, nous allons présenter à la Commission européenne le ou les candidats retenus. Tous les grands acteurs européens sont sur les rangs. Nous privilégierons l’offre la plus élevée en euros et le mode de paiement. En effet, nous avons toujours exprimé notre préférence pour des actifs. Actifs qu’il faudra aussi évaluer. Nous sommes ouverts sur tous les actifs présents dans notre zone de chalandise.

Que pensez-vous d’une éventuelle golden share octroyée à l'Etat belge ?

Elle relève des gouvernements français et belge. L’Etat belge dispose déjà d’une golden share dans les actifs énergétiques belges.

Pourriez-vous retenter votre chance dans le projet Nabucco ?

Nabucco est un projet, ou plutôt un concept, à très long terme. Nous n’avons pas été retenus pour des raisons politiques, même si notre venue était souhaitée par presque tous les acteurs. D’ailleurs, c’est un projet cher - un investissement de 5 à 6 milliards d’euros - qui, pour le moment, n’a pas de gaz à transporter. Si on nous appelle dans trois ans, nous viendrons ! Pour l’heure nos approvisionnements sont sécurisés pour les dix prochaines années.

Quels sont vos autres projets en exploration-production ?

Nous prospectons de la Libye au Quatar, en passant par l’Asie centrale, et nous renforcons nos positions en Norvège et en Algérie Une grande partie du développement futur passera par le gaz naturel liquéfié (GNL) et nous continuons à mettre l’accent sur l’approvisionnement en GNL, plus facile à transporter.

Quels sont vos objectifs dans les énergies renouvelables ?

Nous sommes un des premiers exploitants d’éoliennes en France, grâce à quatre acquisitions en 18 mois. Des sociétés achetées dans le bas des prix du marché, alors qu’une bulle se forme actuellement sur l’éolien. Quant à l’offshore éolien, il n’a pas encore démontré sa rentabilité.

L’Europe reste le grand garant de la rentabilité de l’énergie verte : soit les Etats continuent à la subventionner, soit le prix de l’énergie augmente. Déjà les mesures de Bruxelles sur le CO2 vont augmenter la facture énergétique de 30 milliards d’euros à partir de 2012 !

Pourquoi le futur ensemble GDF-Suez affiche-t-il une forte décote boursière par rapport au secteur ?

Nous sommes bon marché, nos multiples d’Ebitda sont bas par rapport à nos pairs, laissant espérer une forte revalorisation. Nous pâtissons toujours d’une décote de valeur administrée. Pourtant, nous avons toujours tenu nos engagements vis-à-vis du marché !

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