A terme, les "utilities" pâtiront de la création de l’Opep du gaz

le 29/12/2008 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Si le marché du gaz reste dominé par les contrats de long terme, l’émergence d’un marché spot sur le GNL crée un potentiel de contrôle des prix

Près de cinquante ans après la création de l’Opep, le Forum des pays exportateurs de gaz (FPEG) semble prendre le même chemin en se dotant le 23 décembre dernier d’une organisation officielle ayant son siège au Qatar, avec l’adoption d’une charte et la création d’un secrétariat permanent. Jusqu’alors, le FPEG n’était qu’une organisation informelle fondée en 2001 à Téhéran, réunissant seize pays, dont la Russie, premier producteur mondial de gaz, l’Iran, le Qatar, l’Algérie, l’Indonésie, le Nigeria et le Venezuela.

Or, «la formalisation de structures de gouvernance du Forum des Pays Exportateurs de Gaz porte les germes d’un meilleur contrôle des prix à long terme sur le marché du gaz, susceptible d’affecter les pétroliers intégrés et les utilities», note CM-CIC Securities.

Pourtant «nous n’allons certainement pas discuter aujourd’hui de la nécessité de se mettre d’accord sur les niveaux d’extraction de gaz, a expliqué Sergueï Chmatko, le ministre russe de l’Energie. Nous avons une vision plus large». D’ailleurs, «ce n’est pas un cartel, nous défendons nos intérêts nationaux», ajouté Rafael Ramirez, ministre vénézuélien de l’Energie. Pour autant, le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, avertit les pays consommateurs qu’ils doivent s’attendre à des hausses prochaines des prix du gaz. Ceci alors que le pétrole a touché de nouveau plus bas la semaine dernière.

Quelles que soient ces déclarations, «à long terme, les groupes de services aux collectivités pourront-ils répercuter la hausse des prix du gaz?» s’interroge un analyste.

A court terme la création de cette Opep du gaz ne devrait pas peser directement sur les utilities. D’ailleurs, «quand l’Opep a été créé en 1960, l’impact n’a pas été immédiat sur les groupes pétroliers», rappelle un expert. «En pratique, la mise en œuvre d’une politique coordonnée de prix est difficile compte tenu de la structure du marché mondial du gaz, encore dominé, en Europe, par les livraisons par pipeline, ainsi que par des contrats long terme», ajoute CM-CIC. Aussi, «le forum ne peut pas contrôler les volumes et les prix des dix prochaines années», souligne, Chekib Khelil, ministre algérien du Pétrole et actuel président de l’Opep. Néanmoins, «l’émergence d’un marché spot pour les cargaisons de gaz naturel liquéfié (GNL) et sa croissance soutenue crée un potentiel croissant pour contrôler les prix», conclut CM-CIC.

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