Pékin met sa monnaie en concurrence avec celles des pays émergents

le 13/08/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Si les devises émergentes ont lourdement chuté après la première dévaluation du yuan, elles ont effacé une bonne partie de leurs pertes hier.

L’entrée de la Chine dans la guerre des changes menace les pays émergents. La première dévaluation mardi du taux de change du yuan (CNY) de 1,9% a fait corriger plus fortement les devises émergentes d’Asie-Pacifique contre dollar, de 1,9% pour la roupie indienne à 3,4% pour le won coréen, et 4% pour le dollar taïwanais. Hors Asie, le rouble a même chuté de 4,3%.

«Avec un nombre croissant de devises émergentes en perdition ces derniers temps, il semblait de plus en plus clair que le déficit massif de la balance des paiements qui a commencé à s’accumuler en Chine rendait imminent le moment où elle serait forcée par la réalité économique de participer au mouvement de dévaluation compétitive mondiale», indique Albert Edwards, stratégiste chez SG Cross Asset Research. Le CNY n’avait reculé que de 1% face au dollar depuis août 2014, contre 6% pour les devises asiatiques.

Pourtant, l’annonce d’une dévaluation supplémentaire du CNY de 1,6% hier qui la porte ainsi à 3,4% au total, n’a pas été suivie du même effet, les devises émergentes corrigeant une bonne partie de leurs excès de la veille. C’est notamment le cas des dollars australien et néo-zélandais, qui sont pourtant les devises les plus exposées à une dégradation de l’économie chinoise. «Le pouvoir d’achat de la Chine se réduit (du fait de l’affaiblissement de la devise), alors que le pays reste un des principaux acheteurs de matières premières, ce qui conduira naturellement à un affaiblissement de la demande. En outre, une dépréciation supplémentaire du yuan s’accompagne d’une chute encore plus forte des dollars australien et néo-zélandais», explique néanmoins Citigroup. Le Brésil n’a pas été épargné par ce mouvement, avec une chute du real de 2,5% mardi, avant une légère remontée hier.

Dans ce contexte, BNP Paribas rappelle que «les banques centrales asiatiques devraient intervenir sur le marché des changes pour limiter des dépréciations non souhaitées trop fortes de leurs devises, en puisant dans leurs réserves en dollars». Au total, les réserves de changes des pays émergents auraient déjà fondu de 8.000 milliards de dollars mi-2014 à 7.500 milliards fin mars.

D’un point de vue macroéconomique, Taïwan est le pays le plus exposé par le biais de ses exportations vers la Chine, tout comme la Corée du Sud. La Malaisie et l’Indonésie sont, elles, exposées indirectement par le canal du prix des matières premières.

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