Les marchés actions bouclent un mois délétère

le 01/09/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les analystes se divisent sur la portée de la correction qu'ont subie cet été les Bourses mondiales.

Le discours officiel chinois accuse désormais des «manipulateurs» d’avoir répandu la panique sur les marchés en août.

Les indices actions mondiaux ont bouclé un mois d’août noir en raison des inquiétudes autour de la Chine. Alors que les fonds actions ont connu la semaine dernière des retraits inégalés depuis les pires heures de la crise de 2008, l’Euro Stoxx 50 a perdu 9,2% sur le mois, contre 8,45% pour le CAC 40. En Chine, les indices CSI300 et Shanghai Composite ont abandonné respectivement 11,8% et 12,5% en août et environ 40% depuis mi-juin. Comme l’a montré la séance de lundi, le marché chinois reste très nerveux.

Les deux indices ont en effet accusé des pertes de près de 4% en séance, sans doute en raison de prises de bénéfices après les rebonds de jeudi et vendredi, avant de limiter leur recul à 0,7% à la clôture. Dimanche, le Financial Times indiquait que les autorités de Pékin avaient renoncé à soutenir massivement les marchés d’actions au travers d’achats réalisés par des investisseurs institutionnels publics.

Le discours officiel met désormais l’accent sur les «manipulateurs», au nombre de plusieurs dizaines, accusés d’avoir répandu la panique sur les marchés. L’enquête de la police a notamment valu à Li Yifei, présidente du hedge fund Man Group en Chine, une mise en garde à vue, mais pas de mise en examen.

Le brusque rebond observé en fin de séance laisse pourtant peu de doute sur la réalité des interventions. La PBoC, la banque centrale chinoise, a injecté hier 140 milliards de yuans (19,6 milliards d’euros) de liquidités à court terme au bénéfice de banques. Dans la perspective de la «grande parade» du 3 septembre visant à célébrer les 70 ans de la victoire sur le Japon, Pékin a intérêt à ramener le calme sur les Bourses. Mais la capacité des autorités, déjà rudement mise à l’épreuve, à tenir les marchés après cette date suscite toujours la perplexité des investisseurs internationaux. Celle-ci se lit sur le marché des options: le prix des puts pariant sur une nouvelle baisse de 10% du fonds indiciel coté China 50 ETF, rapporté à celui des calls permettant d'acheter une hausse de 10%, est au plus haut.

Le cas chinois mis à part, les analystes se demandent s’il faut déclarer la fin du marché haussier (bull market) qui s’est enclenché en 2009 dans le monde. Les avis sont partagés. «La correction du MSCI World Index depuis ses points les plus hauts est en ligne avec la médiane annuelle de 12% constatée depuis 1970, souligne Richard Buckland, stratégiste chez Citi, dans une note datée du 27 août. Chaque fois que la correction, en cours d’année, a oscillé entre 10% et 20%, la performance du marché actions pour l’ensemble de l’exercice atteignait encore un solide +10%». Sur les 16 critères constitutifs d’un «bear market» qu’ils ont établis, les experts de Citi ne voient aujourd’hui que trois clignotants au rouge: la dette nette sur Ebitda des entreprises non financières américaines, les volumes de M&A rapportés à la capitalisation boursière totale, et les spreads sur la dette high yield aux Etats-Unis.

A l’inverse, Albert Edwards, stratégiste de SG CIB et pessimiste notoire, estime que les marchés sont déjà entrés dans une configuration «bearish», lorsque l’on regarde des indicateurs tels que la variation sur 12 mois des marges du S&P 500, de la rentabilité des actifs ou des ratios d’endettement. «La plupart des investisseurs réalisent qu’une économie est en récession seulement bien après le début de cette dernière. La même chose est vraie pour un marché actions ‘bear’», écrit Albert Edwards.

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