La Chine veut s'imposer sur le marché du pétrole

le 03/09/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Pékin devrait lancer sous peu un contrat à terme en renminbi qui pourra être traité par des étrangers.

Cuves de stockage du groupe pétrolier chinois Sinopec.
(Photo Bloomberg.)

La Chine veut rentrer dans la cour des grands en matière de produits dérivés en lançant un contrat à terme sur le pétrole brut concurrent des contrats américain et britannique. Préparé depuis plusieurs années, le lancement de ce nouveau produit financier sur une bourse de Shanghai, pourrait intervenir dès le mois d’octobre selon des sources citées par Reuters. Pour accompagner cette innovation, les autorités chinoises ont commencé à libéraliser le marché physique du pétrole dans le pays.

La Bourse Shanghai International Energy Exchange (INE), sur laquelle doit être échangé ce futur contrat, a présenté les caractéristiques de ce dernier aux participants de marché et les a soumis à commentaires jusqu'à la fin du mois de septembre. Elle leur a affirmé que le lancement du contrat pourrait intervenir dès le mois prochain, selon les sources citées par Reuters. 

En juin dernier déjà le régulateur des marchés chinois (China Securities Regulatory Commission), avait fait savoir qu’il lui faudrait encore trois mois pour préparer le lancement du contrat qui sera libellé en renminbis et dont le dénouement ne pourra se faire qu'avec une livraison physique.

Le lancement de ce contrat devrait illustrer le poids que représente la Chine sur le marché de l'or noir alors qu’elle est le deuxième plus grand consommateur de pétrole au monde. Et ce, tout en augmentant les échanges en renminbis à l'international. Pour l’instant, les deux contrats de pétrole brut qui font référence dans le monde sont le Brent de Londres, assis sur le pétrole issu de la mer du Nord, et le WTI (West Texas Intermediate) basé sur le pétrole livré aux Etats-Unis. La Chine avait déjà lancé un contrat à terme sur le pétrole en 1993 mais elle s’était arrêtée un an plus tard sur fond de réforme du marché de l’énergie.

Le contrat sera accessible aux investisseurs étrangers sous certaines conditions alors qu’aujourd’hui les marchés à terme en Chine restent très difficiles d’accès pour les investisseurs internationaux. «Le contrat à terme sur le pétrole représente un effort important pour ouvrir les marchés à terme chinois au monde extérieur», avait déclaré le régulateur chinois des marchés l'année dernière.

Pour accompagner le développement du marché financier, la Chine a d’ores et déjà desserré son étau sur le marché physique du pétrole. Elle a autorisé cette année des raffineurs privés à importer du pétrole brut dans la limite de quotas alors que le marché est aujourd’hui dominé par les grandes «majors» détenues par l’Etat que sont PetroChina, Sinopec et China National Offshore Oil Corp (CNOOC). Les quotas accordés pour l’instant à sept raffineurs indépendants représentent près de 11% du total des importations de pétrole brut en Chine. Selon les experts de Citi, plus d’une vingtaine de raffineurs supplémentaires espèrent d’ores et déjà bénéficier de quotas d’importations de pétrole à l’avenir.

«Le développement d’un marché à terme est intimement lié au marché physique», a souligné la Bourse INE, interrogée par Reuters sur le lancement du nouveau contrat. «Plus les acteurs participent au marché physique, meilleure sera la liquidité sur le marché des futures».

A lire aussi