La Chine alimente la faiblesse des rendements

le 13/08/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le pays avait déjà commencé à se délester de ses réserves en dollars face aux sorties de capitaux.

devise chinoise, yuan
(Photo Bloomberg.)

La fixation par la banque populaire de Chine (PBOC) du taux de change du renminbi contre dollar (CNY) à des niveaux plus faibles de 1,9% et 1,6% sur les deux dernières séances a entraîné une vague de retour vers les actifs sûrs. Le rendement des Treasuries américains à 10 ans a ainsi chuté de 20 points de base en deux jours pour revenir à un niveau de 2,04%, et de 12 pb à 0,62% sur la partie 2 ans. Les investisseurs, craignant une exportation des tensions déflationnistes déjà vives dans les pays développés, ont repoussé leur prévision du premier resserrement monétaire de la Fed au-delà du mois prochain.

Avant la dévaluation du yuan de cette semaine, la Chine s’est déjà délestée de 300 milliards de dollars de réserves depuis son point haut de près de 4.000 milliards atteint mi-2014. Ces ventes ont notamment servi à financer les sorties de capitaux hors du pays qui se sont accélérées depuis le début de l’année, ainsi qu’à soutenir l’ancien niveau du taux de change.

Sur ce montant, Nomura estime que le pays détient toujours 1.500 milliards de Treasuries américains et aurait commencé à ne pas réinvestir les coupons des titres arrivant à maturité.

En outre, la Chine n’est pas le seul pays à avoir réduit ses réserves en dollars, le Japon ayant cédé près de 10 milliards de dollars de Treasuries à long terme sur le seul mois de juin, soit le montant mensuel le plus important depuis deux ans.

«Ceci a le même effet général qu’une réduction volontaire du bilan de la Fed et, ceteris paribus, suggère un rythme de resserrement monétaire plus lent. Une dépréciation progressive du yuan devrait accroître la pression sur le prix des importations aux Etats-Unis, qui aurait le même effet. En d’autres termes, que la Chine continue de vendre ses Treasuries pour défendre un certain niveau de taux de change du yuan ou qu’elle le laisse se déprécier, les hausses de taux aux Etats-Unis seront progressives», estime Barclays. Les contrats euro-dollar ont décalé de 5 pb sur l’échéance octobre 2015 et n’anticipent plus une hausse des taux en septembre qu’avec une probabilité de 40%. La baisse atteint néanmoins 12 et 17 pb sur les contrats décembre 2016 et 2017.

«La Fed devrait quand même commencer à relever ses taux en septembre, tout en constatant que la décision de la PBOC a fait reculer la probabilité avec la hausse des inquiétudes au sein des membres du FOMC concernant les perspectives de croissance et d’inflation aux Etats-Unis», estime Barclays. D’autant que, paradoxalement, la baisse des taux américains s’est accompagnée d’une baisse du dollar. L’indice DXY contre les principales devises a reculé de 1% depuis l’annonce choc de la PBOC, avec une hausse de l’euro de 2,3%. «Ces derniers temps, l’euro a eu tendance à s’apprécier avec la baisse des devises asiatiques, la différence entre taux américains et européens profitant également à la monnaie unique en période de baisse», explique Citigroup.

En zone euro, le rendement du Bund allemand à 10 ans s’est détendu de 12 pb depuis mardi à 0,6%, mais avec peu de réaction sur la partie 2 ans, protégée par le maintien du programme de rachats d’obligations publiques de la BCE au moins jusqu’en septembre 2016. Cette détente avait néanmoins précédé l’annonce de la Chine, et atteint 36 pb sur le Bund depuis mi-juin, et respectivement 48 pb, 61 pb et 87 pb pour les rendements espagnols, italiens et portugais à 10 ans. Les spreads entre taux allemands et périphériques ont ainsi reculé de 12 pb pour l’Espagne, de 25 pb pour l’Italie et de 50 pb pour le Portugal sur la période.

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